Les projections parisiennes du festival touchant à leur fin, il est donc temps pour MPAC d’en livrer une synthèse, où tout du moins ses impressions, ses coups de coeur, ses ressentis…..comme chaque année en fait! Un festival, c’est toujours un peu particulier, on y a rapidement ses repères, on y aperçoit des visages connus, ceux qui année après année font de ces rendez-vous annuels une sorte de rituel immuable; on se voit presque vieillir sans jamais se dire la moindre parole, un peu bête non…?
Ce qui fait la réussite de ces manifestations, c’est bien sur l’enthousiasme provoqué par la programmation mais aussi le succès public. Dans ce domaine, je n’ai pas le sentiment d’un total triomphe cet année. Pourtant, et pour la première fois il me semble, des affiches annonçant le festival étaient visibles dans le métro: endroit qui reste à mon humble avis le meilleur support publicitaire. Ceci-dit, j’ai majoritairement assisté à des projections le matin ou l’après-midi en semaine, pas sur que cela soit le meilleur moyen de voir des salles pleines à craquer!

« Vivre et mourir à Ordos » de Ning Ying.
Venons en maintenant à ce qui nous intéresse le plus; les films! Comme vous le savez, ou pas, ce festival a pour vocation de montrer au public français une sélection de films actuels du cinéma chinois, ce qui est en soi une excellente idée mais pas nécessairement un gage de qualité absolue. Il en résulte pour cette édition un bilan fort positif, les bonnes surprises n’ont pas manqué et deux ou trois oeuvres peuvent pourquoi pas, espérer passer à la postérité et mériterait une sortie officielle sur les écrans français.
Sur les douze films au programme, MPAC a pu en voir neuf. Nous allons mettre à part le joli « Le Promeneur D’Oiseau » de Philippe Muyil, très récemment sorti sur les écrans et qui figure sur la programmation du festival. Ce film a d’ailleurs été il y a peu évoqué sur ce blog.

« My Lucky Star » de Dennie Gordon.
Remerçions les organisateurs de nous avoir proposé un échantillon finalement très varié du cinéma chinois actuel, n’omettant pas le cinéma d’auteur avec le magnifique « Fly With The Crane » de Li Ruijun. A la fois contemplatif et émouvant, il bénéficie en plus d’une couleur superbe rappelant les « vieux » Zhang Yimou d’il y a 20/25 ans. Il nous conte la fin de vie d’un vieil homme dans la province pauvre du Gansu. Ce vieil homme fut naguère un fabricant de cercueils réputés , mais la société a évolué, les personnes décédées doivent maintenant rejoindre leurs ancêtres par crémation. Il passe le plus clair de son temps à attendre son heure en compagnie de ses petits-enfants, les seuls à le croire lorsqu’il déclare avoir vu des grues blanches se désaltérer au bord du lac voisin. Ces mêmes petits-enfants semblent par ailleurs également les seuls à vouloir accorder au vieillard la mise en terre qu’il désire. Cela va donner à ce film une fin pour le moins inattendue et surprenante….

« Fly With The Crane » de Li Ruijun
Parmi les films très attendus du festival, « Vivre Et Mourir à Ordos » de la réalisatrice Ning Ying figurait en bonne place. L’auteur de « La Trilogie Pékinoise » n’a une nouvelle fois pas déçu, bien son contraire. Son film aux allures de presque documentaire nous plonge dans l’univers d’un chef de la police de la ville de Ordos en Mongolie intérieure. Celui-ci vient de mourir subitement. Un journaliste essaye alors de retracer son parcours. Il faut dire que Hao Whenzhang était à la fois un modèle de flic incorruptible et totalement dévoué à sa tâche, au dépens de sa vie personnelle, de sa femme et de son garçonnet. Ce policier mis en face de problèmes souvent liés à la situation sociale de la région restera imperturbable. Ning Ying avait déjà réalisé en 1995, « Ronde de Flics à Pékin », il est aisé de s’en souvenir en regardant cette oeuvre sans concession qui évoquera aussi « A Un Fil Près » de Lan Jinglin diffusé au Festival Du Cinéma Chinois de Paris à l’automne 2013. Un de ces films qui mériterait de sortir du stricte cadre des festivals, espérons….!
A lire le synopsis de « Beijing Love Story » de Cheng Sicheng, on pouvait craindre une mièvrerie sans saveur, d’autant que le film est inspiré d’une série télé homonyme, ce qui n’est jamais bon signe. Ce fut pourtant une bonne surprise que cette sorte de radioscopie du sentiment amoureux dans la Chine d’aujourd’hui au travers la vision de cinq couples d’âges et de conditions tous différents. C’est souvent léger mais jamais mièvre et toujours ponctué d’un humour fort réjouissant! C’est aussi parfois empreint de gravité comme ce dernier couple âgé ou l’épouse, se sachant condamné par une maladie incurable, recherche une « remplaçante » à son amour de toujours….Ces différentes histoires, se déroulant toutes à Pékin, sont en outre portées par des acteurs/trices stars en Chine, comme Tony Leung ou celle qui fut un temps l’égérie du grand réalisateur Wang Quan An; Yu Nan.

« Beijing Love Story » de Chen Sicheng.
A l’inverse du précédent, le synopsis de « American Dream In China » était prometteur; l’histoire de trois camarades d’université, dont l’un obtint en 1985 un visa pour étudier aux Etats-Unis, qui profitant de l’essor économique des années 90, vont créer une célèbre école d’enseignement de l’anglais, laquelle va leur apporter gloire et fortune. Malheureusement, tout cela est traité de façon fort ennuyeuse. Ces « rois de l’enseignement linguistique anglophone » méritaient mieux que cette production manifestement en deçà de ce que l’on pouvait en espérer; tant pis!

Si « Le Promeneur D’Oiseau » est le premier film chinois réalisé par un français, « My Lucky Star » est le premier opus chinois réalisé par un américain, à savoir Dennie Gordon. Par rapport au film de Philippe Muyil, il a la chance de bénéficier de la présence de la méga-star Zhang Ziyi, également productrice du film. Là s’arrête la comparaison avec « Le Promeneur D’oiseau », « My Lucky Star » est une comédie bondissante et souvent irrésistible ou une jeune fille rêveuse et célibataire, mais aussi dessinatrice de bandes-dessinées, va par la grâce d’un séjour à Singapour croiser l’homme de ses rêves, mais celui-ci s’avère être un agent secret cherchant à subtiliser un diamant maléfique des mains d’une redoutable et séduisante riche héritière. La pauvre Sophie est loin de se douter de ce qui l’attend lors de cet idyllique séjour à Singapour! Film grand public par excellence, « My Lucky Star » fut une bienheureuse récréation. Zhang Ziyi étant à l’aise dans de nombreux répertoires, gageons que sa prochaine apparition cinématographique sera fort différente. En attendant, nous aurions tort de négliger ce style comédie qui atteint parfaitement son but: nous divertir!

« My Running Shadow » de Fang Gangliang.
« My Running Shadow » de Fang Gangliang n’est pas de ces films destiné à pulvériser les records d’entrées, il est pourtant de ces oeuvres intimistes capables de marquer le spectateur pour longtemps. Alors qu’il s’apprête à embarquer à l’aéroport de Guangzhou pour rejoindre son père aux Etats-Unis, Xiuzhi 17 ans revoit son enfance d’enfant « pas comme les autres », son quotidien d’autiste lui interdisant une intégration classique dans le monde de l’enfance, malgré une intelligence hors du commun et des dons exceptionnels en mathématiques. Seul l’amour maternel, immuable et sans faiblesse, l’épaulera sans relâche. Un joli film ne versant pas dans le mélo, il permet en outre d’offrir au spectateur une vision du « handicap » en Chine.

Ni vraiment comédie, ni vraiment dramatique, « Einstein & Einstein » est une sorte de drame social sur l’adolescence. L’histoire est située à Xi’An où Li Wan vit chez ses grand-parents. Son père, qui ne s’occupe que très peu d’elle, offre à la jeune fille un petit chien auquel Li Wan va progressivement s’attacher, jusqu’au jour où Einstein (c’est le nom du chien) s’enfuit..Li Wan ne peut accepter cette perte et s’enfonce dans le chagrin jusqu’au jour ou son père lui ramène un autre chien copie semblable du premier et prétendant que Einstein a été retrouvé. Le subterfuge ne passe évidemment pas auprès de Li Wan, d’autant qu’il s’avère que le Einstein original pourrait avoir fini dans un restaurant pour chien. Mais peu à peu, Li Wan doit apprendre à accepter ce second Einstein. Parallèlement, la jeune fille apprend qu’elle a un demi-frère… Cao Baoping, l’excellent réalisateur, a réussi une parfaite reconstitution d’une vie adolescente, quand grandir n’est pas aisé mais que pourtant il faut bien s’y résoudre. C’est la semi-tragédie des deux Einstein puis l’arrivée du demi-frère qui serviront de cap à Li Wan. Une autre réussite de la programmation du festival qui en contient finalement beaucoup, n’est ce pas?! Notons que le rôle de la jeune Li Wan est tenu par une jeune actrice, Sophie Zhang, fort habituée aux plateaux de tournage puisqu’elle joue des rôles à la télévision depuis l’âge de 6 ans.

Fei Xing est un réalisateur né en 1970. Avec ce « Silent Witness » présenté en ce festival, il réalise un second film qui aura, entre autres mérites, de ne ressembler à aucun des autres films programmés. Il s’agit d’un thriller judiciaire aux allures de presque huis-clos puisque la majorité du film se déroule dans la salle d’un tribunal. Il faut dire que cette affaire fait grand bruit; La fiancée d’un riche homme d’affaires, une chanteuse à succès, a été assassiné. Il se trouve que la principale suspecte n’est autre que la fille du businessman… Celui-ci engage alors une brillante avocate chargée de disculper sa fille. Mais l’avocate aura fort à faire face à un procureur convaincu que le drame cache encore bien des secrets. Obstiné, il va tout mettre en oeuvre pour délier les fils de l’histoire; savoir qui a réellement tué Yang Dan, la maîtresse du très puissant père de l’accusée… Dans un style de film finalement assez peu courant en Chine, on peut supposer que ce « Silent Witness » fera acte de référence dans le genre. On est tenu en haleine, happé par le scénario et les éventualités se présentant tour à tour au procureur, et ceci jusqu’au final.
Nous voici presque au bout de ce festival, j’ajouterai un mot rapide sur « Le Roi Des Singes » , blockbuster sorti en Chine en janvier 2014 et qui y connut un succès phénoménal. Présenté ici, j’avoue m’y être rendu avec un préjugé défavorable…D’emblée, ça partait donc mal…. Je dirais simplement que ce n’est pas le genre de films apprécié à « Mon Petit Ailleurs Chinois », impressionnant tout de même par le 3D, pour le reste à chacun ou pas d’adhérer. Heu, c’est un peu comme ça pour n’importe quel film, non? !
Cette 4ème édition du Festival De Cinéma Chinois En France est donc globalement une réussite artistique. Après Paris, le festival s’en va un peu partout en province. Souhaitons lui d’y rencontrer intérêt et succès! Et rendez-vous en 2015 pour une nouvelle édition! Et on se quitte avec quelques bandes-annonces!



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