De tous les films que la Chine nous envoie, rares sont ceux que l’on peut appréhender avec légèreté, voire même avec un discret sourire. Ce ne sont pourtant pas les comédies qui manquent dans la production cinématographique chinoise. Mais il semble que seul les films d’auteurs taillés pour les festivals européens aient légion par ici, c’est encore le cas avec le dernier opus de Wang Chao qui arrive cette semaine sur les écrans français.

Les thèmes du film; la maladie, la crise sociale ou encore les tourments de l’enfance face aux malheurs de la vie… Bon, cher lecteur, ça te tente toujours..? Si je dis que c’est Wang Chao qui est aux commandes, cela doit alors aviver ta curiosité tant l’ancien assistant de Chen Kaige a pu séduire par le passé, que ce soit avec « L’Orphelin D’Anyang » qui le révéla et plus encore avec le superbe « Voiture de Luxe » dont on retrouve quelques réminiscences dans ce « Fantasia », ce qui n’a rien d’étonnant en soi car le réalisateur déclare avoir ce film dans ses tiroirs depuis 2003.

Nous sommes dans une ville industrielle recouverte par un permanent smog de pollution, quelle ville ? Nous n’en savons rien, j’ai lu quelque part que ce pourrait être Wuhan, possible après tout… Une famille recomposée , un père ouvrier, une mère vendeuse de journaux, une fille née d’un premier mariage, un fils enfant légitime du couple. Une existence fort banale en somme mais qui va être mise à mal lorsque l’on diagnostique au père de famille une leucémie à l’état avancée. Mais la Chine, en matière de prise en charge médicale n’est pas la France, et l’employeur du malade, crise économique oblige, ne peut que partiellement couvrir les très onéreux soins nécessaires. La famille va alors se scinder, tout en restant paradoxalement entièrement dirigée vers le soulagement de la souffrance du père et la quête d’argent…
La mère de famille, tout en enchaînant les boulots, s’efforce de récolter des fonds, que ce soit auprès de ses parents, d’un ex ou d’une tante. Xiao Qin, la fille se fait embaucher dans un bar de nuit à l’insu de sa famille. Quant au garçon, Xiao Lin, s’il déserte l’école et s’il parvient à récolter également quelques deniers, il va inconsciemment chercher à s’extirper de cet univers de souffrance où outre la maladie du père, il est moqué par ses camarades d’école. Il se réfugie alors au bord du fleuve, s’inventant un monde rêvé, un monde de fantaisie, subjugué par une fille de son âge, à l’histoire elle aussi bancale.
De ce drame humain, Wang Chao tire pourtant un film tout sauf larmoyant. Il fait flotter une poésie ambiante au dessus de la tête de ces destins marqués par la vie. Vision d’une Chine dont les habitants ne viendront jamais arpenter les magasins de luxe parisiens. Une Chine urbaine où le moindre geste affectif ( le professeur de Xiao Lin envers la mère) apporte une bouffée d’oxygène dans un cadre où la pollution n’est pas toujours que industrielle. Malgré le thème douloureux du film, le réalisateur laisse néanmoins apparaître quelques lueurs d’espoir, à travers le monde parallèle du garçon alors que la fille elle semble être sacrifiée à l’autel du pouvoir des nouveaux riches. Un film rempli de contraste mais fort poignant et auquel une bande-sonore parfaite apporte sa dose d’onirisme mélancolique. Allez, une nouvelle fois, vous ne ferez pas travailler vos zygomatiques à la vue de ce film chinois. Mais Wang Chao a suffisamment de cordes sensibles à son arc pour vous faire aimer cette histoire tellement simple qu’elle nous ramène au vécu de beaucoup…

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