En ce milieu de semaine, le festival quittait donc la belle salle de La Pagode, ses belles fresques et son verdoyant jardin pour prendre possession du « Lincoln » tout proche des Champs-Elysées. Je ne sais pas si ce déménagement est contraint ou voulu, mais je sais que beaucoup de fans du festival regrettent « La Pagode ». Ce festival me semble si bien lié à cette salle, il s’y crée un climat, une ambiance, qu’il est difficile de retrouver au 14 de la rue Lincoln, à proximité du brouhaha de la grande avenue parisienne (que personnellement, je déteste, mais c’est une autre histoire…!)
Arrivée au Lincoln donc pour assister à la projection de « La Chambre Condamnée » de Chen Jian. Mauvaise surprise, la personne vendant les tickets m’informe que les pass (UGC, Gaumont) ne sont pas admis pour les films du festival, il me faut donc sortir le billet de 10 euros. Le rendu de monnaie sur ce billet est tellement insignifiant que mon porte-monnaie me tire une tronche pas possible…! Cela me rend d’autant plus furax que à La Pagode, il acceptait mon pass, eux!! Il semblerait que la cause soit informatique et que à partir de vendredi (28/09), nous pourrons présenter nos pass. On verra bien….

La Chambre Condamnée – 魅妆
Mais revenons à ce qui nous intéresse ; les films, et cette « Chambre condamnée » qui a la particularité d’être le film le plus récent présenté au cours de ce festival, il est en effet sorti sur les écrans chinois cet été. Ce film est en outre une des très bonnes surprises de la programmation festivalière, principalement parce que il touche un genre très rarement présent dans le cinéma chinois: le thriller, le vrai, celui issu de la tradition hitchcockienne et du film noir des années 50/60. Effectivement très loin d’une certaine tradition chinoise, il fallait donc voir ce que ça allait donner, et là, le choc! Cela faisait longtemps que je n’étais pas resté cloué dans mon fauteuil! Tout les poncifs du genre y sont, et ça n’a réellement rien de péjoratif tant le film de Chen Jian non seulement revisite le genre, mais rend également hommage à ses glorieux ainés, y compris le grand Alfred dont l’ombre semble planer au dessus des images. La première partie du film est particulièrement prenante. Chaque porte qui s’ouvre ou se ferme fait monter la tension du spectateur transi d’angoisse, chaque coin de pièce ou d’escalier semble recèler une fatale issue……Et la musique, signée Chen Chao, démultiplie la tension qui sort de l’écran…..Amateurs du genre, souhaitez une sortie officielle futur de ce film, car il ne sera pas rediffusé d’ici la fin du festival. C’est en tous cas un grand moment de thriller made in china, je vous le garantie. Bon, quelques mots quand même sur le scénario, particulièrement bien ficelé, ne négligeant aucun suspens et multipliant les surprises…
Ding Chaoyang vit dans un somptueux appartement dans une résidence de luxe. Sa petite amie, Li Wandou, auteur de romans à suspense emménage dans l’appartement avec l’interdiction cependant dans la chambre où est décédée quelques années auparavant, l’ex épouse de Chaoyang. Malgré ce drame, la cohésion du couple parait sans faille quand, la nuit venue, une femme vétue de blanc et aux ongles rouges sonne à la porte du couple avant de mystérieusement disparaitre….Dès lors, mille questions vont envahir l’esprit de la jeune romancière. Elle soupçonne la nouvelle et jolie voisine du dessus, d’autant que elle retrouve de faux ongles rouges dans la salle de bain. En outre, l’un des membres du service de sécurité tient des propos mystérieux à Wandou, semblant la mettre en garde contre une menace imminente….Bien vite, Li Wandou est convaincu qu’un mystère non-élucidé à l’époque tourne autour de la mort de l’ex épouse de Chaoyang, est-elle réellement morte d’ailleurs…? Wandou décide alors de pénétrer dans la chambre interdite. Cela va être le début d’une longue quête vers une vérité bien compliquée où les rebondissements tiennent en haleine tout le long de ce remarquable film de genre. Allez, je vous propose la bande-annonce (en chinois).

Le lendemain s’annonçait bien différent, je faisais de nouveau le déplacement pour assister à la projection de deux nouveaux films du cycle Sun Yu. A la différence des trois déjà vus, ces deux films datent de 1957 et 1958, soit environ 25 ans après les films présentés auparavant. Le réalisateur est bien sur passé du film muet au parlé. Pas la peine de vous raconter qu’entre ces deux époques, la Chine a vécu de sérieux bouleversements…..Au début des années 50, Sun Yu sortait « La vie de Wu Xun » lequel allait être l’objet de sérieuses critiques du parti….au grand étonnement et surtout au grand désarroi du réalisateur qui décidait de prendre sa retraite intellectuelle et de vivre reclu en famille….Il allait finalement sortir de son isolement artistique pour en 1957 et sortir »Avec le vent en poupe » puis l’année suivante « La légende de Lu Ban ». Entre ces deux sorties, le parti déclenchera ce que l’on nomma « Les Cents Fleurs » où des milliers d’intellectuels, qualifiés de « droitiers » par le régime maoïste furent emprisonnés. Par bonheur pour lui, Sun Yu échappa à cette purge. En 1960, il tourna « Qing Nianmei », une oeuvre trop dans l’ère du temps, pour que ce soit réellement l’expression de Sun Yu. Ce fut son dernier film….

Avec Le Vent En Poupe – 乘风破浪
Nous étions donc conviés aux projections successives de « Avec Le Vent En Poupe » puis de « La Légende de Lu Ban ». Sur que l’après-midi allait être passionnant! Les festivités commence donc par « Avec Le Vent En Poupe » qui a la particularité d’être le seul film en couleur de Sun Yu.Et on est très loin des films volontiers militants et aux messages d’unité du peuple chinois des années 30. Sun Yu a choisi le ton de la comédie pour mettre à l’honneur les premières femmes devenues pilotes de bateaux. En ces temps où le collectivisme allait devenir la règle et où la femme se devait d’être égale à l’homme dans le labeur quotidien, on peut néanmoins considérer cette comédie comme allant dans le sens du parti. Le contraire aurait été de toute façon impossible, surtout après l’épisode de « La Vie De Wu Xun »….Nous avons donc droit à une comédie alerte, pleine d’entrain, souvent drôle et remplie de gaité! Presque « La Croisière S’amuse » version Chine maoïste!!!!
Trois jeunes filles à peine sorties de l’école de navigation embarquent comme apprentie-matelots sur le navire du commandant Zhao, qui ne voit pas d’un très bon oeil l’arrivée des trois insouciantes jeunes filles. Les trois amies poursuivent malgré tout leur formation , sous le commandement du second You et du quartier-maitre Ma Jun.
Bientôt, elles réussissent leur apprentissage. Deux des jeunes filles sont alors envoyées sur d’autres navires, laissant la seule Liang Ying effectuer son stage de pilotage sur le bateau du commandant Zhao. De découragement jusqu’au succés de son stage, Liang Ying va vivre des moments où elle sera coutisée par le second, dédaignée par le capitaine et par Ma Jun. Mais sa persévérance, sa joie de vivre et son charme auront raison de tous ces écueils. Ce sera également le cas des deux amies de Ying, laissant le film se terminer par des salves de rires et de bonne humeur! Cette balade sur le fleuve jaune est donc un gai divertissement. Il fallait montrer de jolies histoires à la population en ces mi-50′s…Pour son retour derrière une caméra, Sun Yu avait parfaitement réussi cette entreprise….Le film sera rejoué dimanche 30 septembre à 18h00. Pour celles et ceux qui l’ont vu ou vont le voir, notez que le rôle du petit matelot effronté est tenu par le fils de Sun Yu.
Arrive ensuite un merveilleux « La Légende de Lu Ban » , qui à lui seul valait le déplacement! Quelques mots d’abord sur ce Lu Ban. Il est un personnage mythique de la légende chinoise qui aurait vécu à l’époque dite des « Royaumes Combattants ». Il était maitre menuisier et charpentier et aurait été un précurseur et un maitre en matière de menuiserie et de charpente. Il était ainsi vénéré par les artisans et demeura un personnage légendaire. Il a existé pendant des siècles et jusqu’à un passé récent des Confréries Lu Ban, en hommage à ce personnage typique de la culture chinoise.
Sun Yu a donc voulu célébrer Lu Ban à travers un film présentant trois épisodes célèbres de ses exploits. Pour tenir le rôle de Lu Ban, il fait appel à Wei Heling, acteur à succés dans les années 40 (le célèbre « Les Anges Du Boulevard ») mais tombé dans l’oubli depuis. Wei Heling va donner une consistance et une poésie magique à son rôle, transformant Lu Ban en une sorte de vieux voyageur solitaire, volant au secours de ses collègues artisans partout où il passe.
Il va ainsi successivement aider Zhao à terminer un pont qui ne peut tenir debout, par la même occasion, cela va faire le bonheur d’une jeune fille pauvre. Puis dans le sud du pays, il va parvenir à faire terminer dans les temps une pagode à maitre Zhang grace à un procédé fabuleux auquel seul lui pouvait penser! Enfin, dans la capitale, l’ordonne ordonne la construction d’une tour aux spécifités bien précises. Elle doit comporter 9 poutres, 18 piliers et 72 poutres faîtières…Chose impossible, et sept architectes ont déjà été éxécutés faute d’avoir réussi le projet….Le pauvre maître Li qui se voit confier le chantier n’est pas plus avancé, il se voit déjà passer entre les mains du bourreau….Lu Ban, à l’aide d’une jeune fille va réaliser une maquette en bambou montrant comment réaliser l’édifice et la fait porter à maitre Li. Celui-ci est donc sauvé. Mais comme après chaque oeuvre de sa bienfaisance, Lu Ban est déjà reparti, impossible de le remercier…!
Ce film sera rejoué samedi 29 septembre à 18h00. Essayez vraiment de ne pas le louper. C’est un magnifique moment de pur bonheur, plein de sagesse, de mystère, de magie presque….Il donne envie d’en savoir plus sur ce Lu Ban, héros bienfaiteur de la Chine antique. Un film rare….Grand merci aux organisateurs du festival.

En cliquant sur l’affiche du film, vous devriez pouvoir accéder (après la pub…) à un long extrait du film, non sous-titré….
Le Festival va se poursuivre jusqu’au 4 octobre, mais il est déjà presque fini pour moi. Deux films à voir, il faudra ensuite vite me préparer, car des aventures taiwanaises m’attendent presque tout ce mois d’octobre. Je vous livrerai bien sur mes impressions sur ces deux films, sur le festival en général aussi. Et bien sur, je vous encourage à vous rendre dans les salles!!
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