Vous je ne sais pas mais moi je n’aime pas l’hiver…On a beau apprendre à vivre avec, mais dès que novembre arrive, je n’ai qu’une envie: être plus vieux de 6 mois! Cela doit être dû au fait que je suis né au début du printemps, il m’est impossible de m’épanouïr quand il fait nuit à 5 heures du soir ou lorsque le thermomètre oscille autour de zéro degrés….Bref, tout ça pour vous dire que, n’ayant pas le choix, il faut bien trouver des dérivatifs, des roues de secours; des bouées me permettant de surnager….Dès novembre j’en suis donc à lancer des bouteilles à la mer,des S.O.S anti-congélation…!!! Et parfois ça fonctionne!! Cette année par exemple!! Oui, oui…cet hiver 2013 sera à jamais marqué par ces deux mois de cycle de cinéma chinois au Forum des Images! Vive l’hiver amis lecteurs!! Je me sens apte à résister à une invasion d’ours polaire, cet hiver s’est déroulé au rythme des projections, des découvertes, des débats…. »Hibernatus au Forum des Halles », c’est le film de mon hiver à moi, celui que j’ai essayé de vous faire partager….Bon sang, que le temps a passé vite…Dans quelques jours le festival sera terminé. Pour la fin de l’hiver il faudra patienter un peu plus, mâis peu importe, l’essentiel est fait…A l’heure des bourgeons renaissants, les souvenirs d’images, de voix, de sons….seront encore incrustés dans la mémoire!

« Perpetual Motion » de Ning Ying
Depuis ma dernière intervention sur MPAC, le Forum des Images a reçu deux invités de marque, et pour commencer la réalisatrice Ning Ying, connue pour sa « trilogie de Pékin » qui sera présentée tout au long d’un bien beau week-end mais dont le premièr acte de présence permettra à beaucoup de découvrir un jubilatoire « Perpetual Motion », datant de 2005.
Quelques mots sur Ning Ying avant toute chose. Née en 1959 dans le Shaanxi, elle rêva d’abord de devenir violoniste mais un problème à un doigt l’obligea à mettre fin à cette aspiration. Elle n’en délaissa pas pour autant le domaine artistique puisqu’elle rejoignit dès 1978 l’académie de cinéma de Pékin, juste réouverte après les affres de la révolution culturelle et des délires de Jiang Qing et compagnie….Elle est donc une contemporaine de ce que l’on nomma »la 5ème génération » du cinéma chinois qui plus tard allait révéler Zhang Yimou et Chen Kaige pour les plus connus. Le cinéma de Ning Ying allait néanmoins se détacher de ceux de ses illustres collègues. Par ailleurs, elle allait obtenir en 1982 une bourse d’étude pour se rendre en Italie, elle deviendra ainsi assistante de Bertolucci quand celui-ci réalisera son célèbre « Le Dernier Empereur ». De retour en Chine, elle accepte de tourner un remake de « Certains l’aiment chaud », la célèbre comédie avec Marylin Monroe. Sa version remporte un beau succés en Chine. Refusant néanmoins de continuer dans cette voie, elle va tourner en 1992 le premier volet de sa trilogie pékinoise; « Jouer pour le plaisir », l’oeuvre de Ning Ying peut alors démarrer!
« Perpetual Motion » ouvrit donc le bal Ning Ying…Film réalisée par une femme et dans lequel tous les rôles sont tenues par des femmes! Quatre bourgeoises de la haute société chinoise se réunissent un soir de célébration de la fête du printemps chez l’une d’elle qui pense que son mari la trompe avec l’une de ses invités…La soirée va tour à tour se dérouler sur le mode des fantasmes sexuels de ces dames puis vont laisser place aux souvenirs, le ton devient alors plus grave, laissant voir sous des carapaces maquillées par la réussite sociales, des félures profondes…La nuit, et non plus la soirée, se terminera de façon bien plus dramatique que son entame…
De ce film incroyablement percutant, voire iconoclaste , ressort l’originalité d’avoir confier les rôles non pas à de véritables actrices mais à des personnalités issues de ce monde « people » à la chinoise. Ainsi, ce huis clos est tourné dans le superbe ‘siheyuan » de Hung Huang, fille d’un ancien ministre, qui joue le rôle de Niu Niu, l’instigatrice de cette soirée féminine et féministe! Si le film fit, parait-il, grincer pas mal de dents en Chine, il fut chaudement salué au Forum des Images, une nouvelle fois abondamment rempli pour cette projection. Et la présence de la réalisatrice emplifia la réussite de cette belle soirée!

C’est un dimanche entier que le Forum des Images offrit à Ning Ying pour présenter sa « Trilogie de Pékin » constituée de 3 films évoquant la capitale chinoise sur une durée d’environ 10 ans. Heureux hasard, ou judicieux calcul, cette trilogie vient juste de sortir en DVD sous forme d’un beau coffret incluant un très informatif livret avec interviews de la réalisatrice, informations diverses…..Et l’éditeur était présent pour proposer ce coffret à d’éventuels acheteurs, je ne me fis surtout pas prier, d’autant plus qu’à 20 euros l’exemplaire, il devenait encore plus attrayant! Il est bien sur disponibles dans tous les réseaux de distribution habituels, au cas où vous désirez vous faire un petit plaisir…

« Un Taxi à Pékin » de Ning Ying
Mais quelle est donc cette fameuse « Trilogie de Pékin » ? Il s’agit d’une suite de trois films tournés par Ning Ying respectivement en 1992, 1995 et 2001. Une , presque, décennie charnière dans l’évolution de la Chine, la mutation des villes, des mentalités, des moeurs….La transformation radicale et sans appel du paysage urbain chinois et donc de Pékin puisque c’est la ville qu’a choisi de filmer Ning Ying.
Dans le premier film « Jouer pour le plaisir », elle filme un Pékin encore attaché à son image traditionnelle, ses hutongs et aussi l’opéra de Pékins, thème majeur du film. De paisibles retraités ayant vécu à l’ombre du maoïsme se retrouve dans un parc pour interpréter des airs de « Jingju », le fameux opéra de Pékin. Va se joindre à eux, Lao Han, tout juste retraité d’une salle d’opéra pékinois où il tenait le rôle de concierge mais aussi d’homme à tout faire, y compris remplacer les acteurs en cas de défection. Lao Han, désorienté par son changement de statut social, va s’évertuer à rompre l’ennui de son nouveau quotidien en ‘administrant’ le groupe de retraités, leur trouvant un local, intégrant des règles de conduite à l’opposé des rendez-vous plus ou moins spontanés dans le parc.
Le second film « Ronde de Flics à Pékin » commence à inclure des vues inédites de la ville, les tours surgissent peu à peu dans une ville prête à se métamorphoser…C’est dans ce contexte que Ning Ying réalise un film où l’action se déroule dans un commissariat de quartier confronté à de bien étranges nouveaux décrets…Ainsi, il faut absolument combattre cette nouvelle manie des habitants du quartier à acquérir des chiens domestiques, d’autant plus qu’un molosse probablement enragé séme la terreur dans le quartier! La poursuite de la bête par une horde de policiers courant batons en main est assurément un grand moment de cinéma! Et que dire de ces vendeurs à la sauvette proposant des photos ‘de charme’ sur la voie publique…? Pékin n’est décidemment plus ce qu’il était…!! Constituant quasiment une oeuvre documentaire, le film est joué par de vrais policiers pour la majorité des rôles. Des policiers dont l’une des principales difficultés est d’adapter leur quotidien à ces mutations, ces transformations d’une société où les traditions vont peu à peu exploser. Le film est cependant aussi très drôle.

Ning Ying au Forum des Images après la projection de « Rondes de Flics à Pékin »
Pour le troisième film de la trilogie, nous sommes rentrés dans le nouveau siècle et Pékin semble réellement vivre sous une nouvelle ére. Quelle constrate avec « Pour le plaisir de jouer » tournée moins de 10 ans auparavant..!! Les boutiques de luxe, les KTV à la mode, les embouteillages automobiles ont envahit la ville…Dans ce contexte Dezi un jeune chauffeur de taxi est contraint de travailler dur pour satisfaire les besoins sans cesse grandissants de son épouse qui va finir par divorcer. Dezi n’en est pas plus attristé que ça. Séducteur dans l’âme, son travail lui permet de cotoyer beaucoup de femmes, mais aussi diverses franges de cette nouvelle société, loin d’être toutes recommandables….Mais en dépit de ces multiples rencontres, Dezi est un homme seul, observant de son taxi ces aspects nouveaux d’une ville ‘nouvelle’…La solitude et l’indifférence des grandes villes occidentales est devenu une propriété pékinoise….
Ce fut passionnant de voir ces trois films à la suite. Et si cela n’est pas notifié, peut être pouvons nous considérer le « Perpetual Motion » comme une suite logique de cette trilogie..? Quoi qu’il en soit, une nouvelle grande réussite de ce festival!

Quelques jours plus tard, le Forum des Images recevait Lou Ye, venu présenter en avant-première son film « Mystery ». La séance allait faire salle comble alors que le même jour en fin d’après-midi l’assemblée était beaucoup plus restreinte pour voir ce très beau film français de Anne Fontaine qu’est « Augustin roi du Kung-Fu ». Film peu diffusé et peu connu, j’ai toujours pensé qu’il souffrait d’un titre faisant radicalement penser à une sorte de ‘navet franchouillard’, et ce n’est pas la présence de Darry Cowl qui peut faire inverser cette idée….Grave erreur pourtant, ce film est un très beau moment de tendresse, de poèsie naïve et gentiment loufoque. Suivre cette sorte d’huluberlu lunaire qu’est Augustin dans le chinatown parisien à la recherche d’une ‘crédibilité chinoise’ est réjouissant. Il faut dire que le bougre est passionné de Kung-Fu, il lui faut donc le plus possible se rapprocher de la réalité chinoise parisienne. Et ce n’est pas la jolie acupunctrice chinoise jouée par Maggie Cheung qui va l’en dissuader! Dommage donc que la mise en lumière de ce film n’ait que peu attiré le public….

Quand arriva 20h00, il ne restait pas un seul siège de libre, assurément Lou Ye fait recette malgré une oeuvre en dent de scie comme le montrer son précédent film « Love and Bruises » (tourné à Paris), particulièrement indigeste à mon humble avis…Mais voilà, l’effet « Suzhou River » continue malgré les années à faire son effet. Grace à cette merveille , Lou Ye est devenu incontournable! « Mystery » sortira sur les écrans français le 20 mars, c’est donc un bel exploit qu’a réussi le Forum des Images à le programmer, et la présence de Lou Ye ne faisait qu’accentuer l’intérêt de cette soirée.
J’ai lu par ailleurs sur le net de vifs désappointements à propos de ce film, évoquant ses incohérences et son scénario pas crédible…J’ai été pour ma part absolument séduit par ce film qui me semble être son meilleur travail depuis « Suzhou River ». L’intrigue ne me semble pas non-crédible, elle se met langoureusement en place, dévoilant peu à peu ses facettes cachées qui vont bouleverser le destin de Lu Jie, l’héroïne qui un jour découvre que son mari la trompe, mais elle n’est pas au bout de ses surprises…Intrigue policière, thriller, film social….Lou Ye a intégré bien des éléments dans ce nouveau film. Il les manipule avec une virtuosité retrouvée ne laissant que peu de répit aux spectateurs, lesquels semblent d’ailleurs avoir en majorité apprécier en cette soirée ….Bon, pas la peine d’en raconter plus, n’est ce pas? Chacun pourra en juger plus amplement dès le 20 mars…Pour ma part, je m’accorderai une nouvelle séance!

Exclusivité « Mon Petit Ailleurs Chinois », Lou Ye au Forum des Images!
Voilà, Lou Ye était le dernier invité d’un cycle qui arrive bientôt à son terme…Jusqu’au 3 mars, de nombreuses séances sont cependant encore à voir. La programmation de ces derniers jours est principalement taïwanaise. De grands classiques, des découvertes….C’est ce que nous a proposé le Forum des Images depuis début janvier, nul doute que le final sera du même accabit! Tout a une fin, même l’hiver……
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