Au Delà Des Montagnes
Posté par faguoren le 27 décembre 2015
Pas simple d’être Jia Zhang Ke désormais… Celui que l’on tient comme étant le plus grand cinéaste chinois actuel ( c’est du moins ce que l’on prétend dans Télérama et compagnie, moi j’en sais rien et ça m’est d’ailleurs bien égal! ) a maintenant 45 ans et arrive à un moment charnière de sa carrière et de son oeuvre. Celui où on attend de vous que vous vous renouveliez tout en sachant qu’il faudra faire face au syndrome du « c’était mieux avant » trop souvent ressorti pour l’artiste au passé accompli et continuant à créer.
C’est dans ce contexte que sort sur nos écrans en cette semaine de Noël « Au Delà Des Montagnes », nouveau mélodrame erratique sur fond d’incommunication , de déracinement et de perte d’identité de Jia Zhang Ke. L’auteur n’innove en rien, il dit lui-même que les images lui viennent d’images accumulées lors de ses films précédents qu’il aurait de nouveaux filmés à l’aide d’une caméra plus perfectionnée. L’idée de ce film lui viendrait de là.
Nous sommes fin 1999, à Fenyang dans la province du Shanxi ( également ville natale de JZK ) . Hong-Kong puis Macao ont été successivement rétrocédés à la Chine. Une frénésie a envahi une partie de la population, le miracle économique est en route et le peuple va pouvoir S’ENRICHIR et tout ce qui vient de l’occident semble miraculeux. Ainsi à Fenyang, l’on danse sur la musique des Pet Shop Boys…!
Tao (Zhao Tao, éternelle muse de JZK) est une modeste institutrice, elle est courtisée par deux amis d’enfance. Il y a tout d’abord Lianzi, humble ouvrier d’une mine de charbon et dont l’avenir semble tracé en parallèle du destin de cette mine qui fait vivre la région. L’autre courtisant se nomme Jinzheng, il est le propriétaire d’une station-service. Ambitieux jusqu’à l’arrivisme , il ne pense qu’à se débarrasser de Lianzi pour avoir le champ libre , au mépris de leur amitié. C’est Jinzheng que la jolie Tao décidera d’épouser.
2014: quinze années ont passées, Tao a divorcé d’un Jinzheng obsédé par l’occident et la réussite, il se fait désormais appelé Peter et il vit à Shanghai avec le fils qu’il a eu avec Tao et qu’il a prénommé….Dollar! Lianzi qui a fait sa vie dans une autre ville est atteint d’un cancer lié au charbon et Tao fait venir son fils désormais âgé de 7 ans et qu’elle ne connait guère quand le grand-père du garçonnet décède.
2025: Dollar et son père ont émigré en Australie, supposée terre d’Eldorado. Dollar, devenu étudiant, ne parle plus que anglais. Il doit passer par le biais d’une professeur-traductrice nettement plus âgé que lui, et qui va devenir une sorte de mère/maîtresse, pour communiquer avec son père.
Le film de Jia Zhang Ke est donc une pièce en trois actes. Des fondements initiaux aux désenchantements que le temps fera naître, le destin des personnages est lié aux bouleversements culturels d’une Chine qui semble aller trop vite pour ses citoyens, sensations d’ailleurs récurrentes chez Jia Zhang Ke. Images et musique sont parfaites ( sauf les Pet Shop Boys! ^^ ) Que l’on aime ou pas l’oeuvre parfois complexe ( mais surtout pas élitiste, beurk ce mot…) de JZK, que l’on fasse ou pas un « complexe d’antériorité » par rapport au cinéate et à son passé, le spectateur venu simplement voir le dernier opus de l’auteur, trouvera qu’il s’agit encore d’un grand Jia Zhang Ke et aura bien raison d’en rire doucettement! A vous de voir!
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