Rideau! La 8ème édition du Festival de cinéma chinois de Paris est terminée! Un an à attendre, voire même deux se dit-on, se mettant à rêver d’une 10ème édition flambloyante! Allez, n’anticipons pas trop, le souvenir de cette cuvée 2013 encore vivace, l’heure est venue d’aborder le bilan, un bilan façon MPAC, donc sans prétention aucune. Juste tenter de coucher sur l’écran quelques impressions et une flambée d’émotions, de joie mais aussi, pourquoi pas, de déception. Un reflet d’une vie donc, la vie d’un festival cher à nos sens visuel et auditif, mais pas seulement…!

Nous nous étions séparés à « La Pagode », nous nous retrouvons au « 5 Caumartin », lieu inédit pour ce festival, situé à une rapide encablure de la gare St Lazare. L’endroit est ma foi, fort sympathique, pas au point de faire oublier « La Pagode », mais n’ayant pas le choix, on devra s’en accommoder! Dieu merci, la première de ces deux soirées va être l’un des grands moments de cette quinzaine. Nous est en effet proposé, sous forme de ciné-concert, le plus vieux wuxiapian (film d’arts martiaux) conservé! Un film muet de 1929, « Hong Xia la justicière errante », sacré opportunité! Bien sur, comme trop souvent, la pourtant petit salle sera loin d’être remplie….Plus que jamais les absents ont tort..

« Hong Xia la justicière errante », quelle « gueule » incroyable!
Alors c’est comment un film chinois muet d’arts martiaux de 1929!? Tout bonnement incroyable, et ahurissant de voir que même à cette époque, l’héroïne pouvait voler dans le ciel, oui , oui..comme dans « Tigres et Dragons »!! Vous y ajoutez une galerie de personnages superbes, un ermite roi du kung-fu chevauchant un âne, un tyran adepte de jolies filles en tenue légère (quelle audace pour l’époque!), une vengeresse voguant dans les cieux sabre à la main…Que du lourd comme on dit maintenant! Le scénario est classique, les gentils subissent la loi d’un méchant, mais au final et au terme d’aventures rondement menées, le bien l’emporte sur le mal. Nous avons surtout eu la chance de visionner un document réellement fantastique!
Un mot bien sur à propos des talentueux musiciens présents ce soir là, dont l’accompagnement sera à la hauteur des images offertes. Une joueuse de erhu, violon à deux cordes chinois. Une autre alternant le guzheng, cythare chinoise et pipa, instrument se rapprochant du luth et un flutiste. Le tout sous l’oeil du compositeur qui maniait de consort de sommaires percussions. Nous nous sentions vraiment en Chine en cette soirée!

La justicière errante!

Nous sommes en 1929, osé non?

Lendemain soir, même heure et , presque, même lieu. En effet la projection de « Trois mamans pour un bébé » de Jiang Ping allait se dérouler dans une salle plus grande, présence de l’actrice vedette Che Yongli oblige! L’assistance ne sera pas pour autant hors norme, l’actrice fort sympathique répondra à toutes les questions avant de poser, sans signe d’impatience, avec les fans tout joyeux d’être immortalisé en compagnie d’une actrice star en Chine !

« Trois mamans pour un bébé »
La comédie, enjouée et remplie de quiproquos, n’est certes pas inoubliable mais constitua un divertissement léger rythmé par des actrices et acteurs visiblement propices à prendre et à donner du bon temps. Le scénario tourne autour de trois femmes qui ne se connaissent pas mais dont le sort va être lié par un bébé de l’une d’elle, abandonné par le père, un de ces nouveaux riches collectionnant les « er nai » (maitresses). Abordant par le biais de la comédie, des thèmes finalement plus graves de la société chinoise, le film de Jiang Ping fut fort apprécié, oeuvre grand public reflet d’un cinéma chinois en rien novateur, juste celui de l’ère du temps, un produit de qualité certes, mais un produit péjorativement parlant, mais c’était agréable..!

Madame Gao, directrice du festival, en compagnie de Che Yongli.
Après ce court intermède au « 5 Caumartin », le festival reprenait place au Lincoln, proche des Champs-Elysées, pour la seconde année consécutive il me semble. Rien à redire sur l’endroit, mais énervé par le refus de cette salle d’accepter la carte UGC pourle festival, alors qu’elle est sur les autres sites…Enervant, mais l’envie de voir les films prend le dessus, et ils le savent les bougres…Bref, passons…

Depuis ses prémices, le festival x’est toujours attaché à montrer des films dit « ethnique », faisant donc découvrir les nombreuses minorités nationales recouvrant le territoire. Pour rappel la Chine est composée de 56 ethnies, dont l’ultra-majoritaire (plus de 90% de la population!) Han. On se souvient par exemple de « Si près du soleil » de Chou Chou, filmé au sein de la population Miao. Il y en eut beaucoup d’autres. Cette première soirée au « Lincoln » nous offrait de découvrir l’une de ces minorités nationales, et certainement pas la plus connue: Les Hani, qui seraient proche de 1500000 en Chine et qui vivent principalement dans la province du Yunnan. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, ce type de film est avant tout documentaire. L’immersion dans la vie quotidienne de ces populations est une formidable invitation à partir sur le champ à leur découverte. Les images sont souvent féeriques , comme ici les extraordinaires vues de rizières en terrasse. Pour ce film, entre drame, joie et découverte du cinéma dans les années 80, la tournure prise permet à d’attachants comédiens, le plus souvent amateurs, de nous offrir un joli spectacle loin, très loin de la Chine de Pékin ou de Shanghai. Si le but était de propager rêve, poésie et découverte, l’objectif est atteint. Puisse ce genre de film nous être proposé plus souvent, difficile de s’en lasser.
En clôture de la soirée, nous eûmes droit à une intervention tout en sourire, en délicatesse de Fu Shaojie, scénariste et actrice principale du film: une conclusion parfaite!

Fu Shaojie

« A la recherche d’un rêve » de Yang Hui Long fut tout autre. La découverte cette fois ci était celle de Tang Jia Ling , quartier périphérique de Pékin qui jusqu’à 2010 était la banlieue où venait se loger les « ming gong » , ces ouvriers venus des campagnes venus chercher un travail dans les grandes villes chinoises. Tenu par des marchands de sommeil, Tang Jia Long était une sorte de ghetto insalubre où les aspirants au rêve économique chinois venaient y trouver un toit sommaire, pour un prix souvent exorbitant…Le film nous entraîne à suivre les tribulations d’un jeune couple et d’un de leur camarade. La jeune fille, dont le rêve est de devenir styliste, est la seule à avoir un emploi. Modeste ouvrière dans la confection, elle doit en outre subir les assauts de son patron, qui ne pense que de la mettre dans son lit. Pour les deux garçons, les rares petits jobs n’apportent que désillusions…le miracle économique n’est définitivement pas pour tous. Lucide et pessimiste, ce drame social est le reflet d’un malaise trop souvent caché des métropoles chinoises, il nous en montre une partie à travers ces trois personnages phares pour qui, même l’avantage de la jeunesse n’est pas source d’espoir et d’ascension dans cette société impitoyable. Les dernières images du film esquissent une possible réussite de la fille, laissant entrevoir que toute fin heureuse peut s’offrir à force de persévérance. Tang Jia Ling fut entièrement détruit en 2010, laissant place semble t-il à des centres commerciaux… A noter que ce film est une co-production franco-chinoise.

A la recherche d’un rêve
Pour terminer « son » festival, MPAC allait s’offrir une comédie adolescente, démonstration de l’incroyable diversité de la programmation de ce festival. Un final sans prétention, destiné au plus grand nombre. Les jeunes chinois étaient d’ailleurs nombreux pour voir ce « L’amour interdit » de Liu Jie, un réalisateur pourtant habitué à tourner des oeuvres plus profondes. On lui doit notamment le très beau « Le dernier voyage du juge Feng » présenté au festival en 2007.
Incursion dans le monde de la drague estudiantine à la chinoise, qui n’a rien à envier à son homologue occidental, blague potache, échec au pourtant essentiel Gao Kao, redoutable examen/droit d’entrée aux universités que redoutent tous les élèves et plus encore les parents, en cette ère de l’enfant unique… Ce film est avant tout là pour divertir et faire rire. Il révèle cependant une part de dimension sociale non négligeable, avec ce non-droit à l’échec scolaire en toile de fond. Le public, enfin au rendez-vous, ria de bon coeur. Nous pouvions tourner la page de ce festival de façon enjouée!

J’avais discuté avec une spectatrice à « La Pagode ». Un peu désenchantée, elle me confiait que cette 8ème édition du Festival du cinéma chinois de Paris, n’était pour elle pas le meilleur des millésimes. Je la rejoignis sur la désaffection globale du public, probablement une sérieuse déception pour les organisateurs, pas un coup d’arrêt, espérons le…
Comme dit plus haut, la diversité des oeuvres proposées demeure stupéfiante. Entre passé et présent, comédie et drame, tout le panel de la créativité chinoise en matière de 7 ème art est offerte. Et que dire de cette initiative formidable de proposer des ciné-concerts..? Certes, la rétro « Sun Ming Jing » ne fut pas aussi intense que celles passées, mais en 15jours de temps, il était possible à Paris de consacrer, pour qui le désire, tous ses loisirs à la gloire du cinéma chinois. Merci pour tout,et rendez-vous en 2014!
MPAC a pu assister à une quinzaine de films. Bien mais très insuffisant à la fois. Ces comptes-rendus ne sont donc que très subjectifs…Peut être faudra t-il songer à s’adjoindre les services d’un ou plusieurs collaborateurs pour ce type d’événement, afin de en dire toujours plus!! Wait and see…
Et si le coeur vous en dit, cliquez sur l’affiche de « L’amour interdit », vous le verrez en version sous-titrée en anglais!
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