
De la Chine du XXième, il existe pléthore d’ouvrages se référant à la montée en puissance du Kuomintang et/ou du PCC. On en trouve tout autant sur la guerre sino-japonaise, les années maoistes, la révolution culturelle, les réformes, Tian An Men, l’essor économique…..etc etc. Mais il est beaucoup plus rare de trouver à lire sur la période située entre la fin de l’empire et l’arrivée du parti nationaliste. Cette période à la fois transitoire et surtout chaotique où la Chine est sous le joug des seigneurs de la guerre, plus qu’aux mains de fantômatiques ersatz de gouvernements. Dans un ouvrage qui n’en manque pas, l’un des moments les plus drôle du livre est quand l’auteur tente de savoir qui dirige la Chine, s’agit-il d’un président ou d’un empereur? Et que personne ne semble capable de lui répondre, ce qui en dit long sur l’état du pays en cette année 1922. Et pourtant, l’homme qui pose cette question est tout sauf n’importe qui!

Albert Londres
Journaliste, aventurier, grand reporter….Albert Londres était un peu de tout cela, mais il fut surtout un témoin extraordinaire des vicissitudes du monde en ce premiers tiers du XXième siècle. De par ses nombreux écrits, il relata avec ferveur et passion mais aussi avec beaucoup d’humour ses pérégrinations au quatre coins du globe. Né en 1884, il a donc presque 40 ans lorsqu’il débarque pour la première fois en Asie (Chine, Japon) . Ce sera le début de sa grande notoriété qui ne cessera qu’en 1932 lors de sa mort au retour d’un ultime voyage en Chine, on y reviendra…
Ainsi donc, quand Albert Londres débarque en Chine en ce mois de février 1922, il découvre un pays coupé en deux, partagé entre nord et sud. Au nord, c’est à Moukden (aujourd’hui Shenyang) que régne le terrible Tsang Tso Lin, seigneur de la guerre impitoyable qui a la réputation de faire sauter les têtes comme d’autres décapsulent une cannette! Le sud est en théorie dirigé par Sun Yat Sen, mais il n’est en réalité maitre que de deux provinces sur les cinq lui incombant. Ajoutons qu’au centre du pays, l’ambitieux général Wou Pe Fou (soutenu par les américains) aimerait bien exterminer Tsang Tso Lin (soutenu par les japonais), et lorsque Albert Londres débarque, le conflit est latent.
En train, à pied, ou en rickshaw, de la Mandchourie à Pékin et jusqu’à Shanghai, Albert Londres nous narre son premier périple chinois, erratique et sans cesse surprenant. De sa rencontre avec le terrible Tsang Tso Lin jusqu’aux discussions avec des dirigeants sans pouvoir ou avec de simples gens de la rue, Albert Londres nous fait vivre de truculentes anecdotes. Assisté par un traducteur impayable de drôlerie, il nous entraine dans une Chine anarchique et semblant laissée à elle-même. Cela permet aussi de mieux comprendre ce qui allait arriver un peu plus tard, même si de longs et terribles combats seraient menés…Quoi qu’il en soit, ces instantanés de 1922 se dévorent à la chaine, ils peuvent même être une belle introduction à toute l’oeuvre de Albert Londres qui, si elle nous mène au bout du monde, sait aussi décrypter les Tour de France de ces années là!!
En 1932, Albert Londres sera de nouveau en Chine, il réussit à mettre la main sur des preuves irréfutables de corruption des autorités françaises à Shanghai, ainsi que de ses liens étroits avec la mafia locale menée par son mentor Du Yuesheng (essayez de voir, si vous le ne connaissez pas, le superbe documentaire « Shanghai Les années folles » inspiré par les écrits de Albert Londres). Quand il embarque sur le « George Philippar » qui doit le ramener en France, Albert Londres posséde dans ses malles des documents brûlants qui ne manqueront pas de compromettre les autorités sisses à Shanghai. Hélas, le paquebot n’arrivera jamais à destination, un incendie probablement criminel l’enverra au fin fond de l’océan. Les révélations sensationnelles de Albert Londres seront à jamais perdues…..
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