Presque 3 semaines que le cycle « De Pékin à Taipei… » , il est temps de faire un nouveau billet, non? Il faut dire que depuis ma dernière intervention sur le blog, il s’est passé beaucoup de choses, et que du bon! Prendre le chemin du Forum des Images est vraiment l’itinéraire incontournable en ce début d’année, et c’est loin d’être fini. L’enceinte du Forum est donc devenu une sorte de refuge quasi quotidien face à la morosité climatique et ambiante! Je commence à en connaitre tous les recoins, et j’ai même ma place favorite dans cette fameuse salle 300 qui accueille la majorité des projections! Je n’ose imaginer le manque à venir dans quelques semaines quand tout sera terminé…Y a t-il un remède contre l’addiction? Allez, il y aura d’autres festivals, ici ou ailleurs, mais celui-ci restera comme une sorte de pierre angulaire de la diffusion du cinéma chinois par chez nous!

Du Yue Sheng (Shanghai Les Années Folles)
Je ne fais que me répéter, mais ce cycle semble satisfaire tout le monde; organisateurs, public, invités….Les projections se déroulent devant des salles chaque fois bien remplies. On s’amuse à reconnaitre des visages, ouf! l’addiction ne me concerne pas uniquement, la communauté est bien réelle!
Ces derniers jours ont été particulièrement intéressants et peuvent se diviser en trois catégories de réjouissances: les films de fiction, les documentaires et les débats, avec une direction vers Shanghaï assez prononcée, particulièrement avec la venue et la projection des films de la réalisatrice Peng Xiaolian. Je precise quand même que je me tiens aux séances auxquelles j’ai pu assister, mais celà suffit à mon avis à décrire ce que sont les grandes lignes de cette manifestation.

Isabelle Glachant interrogée par Damien Paccellieri.
En parralléle aux projections de films, le Forum des Images invite (c’est vraiment le mot exact, les éntrées étant libres..) les spectateurs à des débats/rencontres autour du cinéma chinois, avec comme protagonistes de vrais connaisseurs (ses) sachant passionner un auditoire, certes conquis d’avance, mais forcément exigeant sur la teneur de ces rencontres. Ainsi, nous avons pu apprécier Isabelle Glachant , journaliste, producteur de réalisateurs chinois (Wang Xiao Shuai, Lou Ye….) et représentante en Chine de Unifrance où elle est amenée à promouvoir le cinéma français….Elle nous à durant 1h30 fait vivre ses expériences auprès du monde chinois du cinéma, le tout ponctué d’anecdotes croustillantes, sans oublier d’évoquer le sempiternel problème de la censure.
Tout aussi passionnante fut « l’exposé » proposé par Brigitte Duzan proposé par les « Cours de Cinéma » proposés par le Forum des Images. Ecrivain, Linguiste, traductrice Brigitte Duzan nous invita à l’écouter s’exprimer sur un sujet qu’elle nomma « Ville/campagne:; yin et yang du cinéma chinois », ou l’alternance entre ville et campagne dans les films et quand le désir de ville du paysan n’amène pas forcément que des satisfactions. Accompagnés d’extraits de films de 1932 (« La Rose Sauvage » du grand Sun Yu) à maintenant, B.Duzan a parfaitement maitrisé son sujet, faisant partager ses connaissances à un public attentif. Connaissances que l’on peut retrouver sur son site « Chinese Movies » (voir lien du blog). Quand des passionnés érudits s’adressent à d’autres passionnés, on est sur d’en retirer quelque chose!

Brigitte Duzan
Le prochain « cours de cinéma » à ne pas manquer se déroulera le 1er février à 18h30. Le Forum des Images recevra Luisa Prudentino pour un sujet »Pékin et Shanghai ou la dualité transposée à l’écran », l’entrée en sera bien sur libre.

L’on peut penser que les spectateurs se rendant à ce cycle, tout en étant cinéphiles, sont également sinophiles ou tout du moins intéressés par l’empire du milieu. La programmation a ainsi prévu une série de documentaires tout à fait remarquables, variés et parfaitement réalisés. Le « Shanghai Les Années Folles » de Anne Riegel et Olivier Horn n’est certes pas inédit, il a même été diffusé sur la chaine ARTE voici quelques années mais revoir un cours d’histoire de cette valeur ne se refuse pas. Les réalisateurs nous amènent à l’âge d’or de la grande ville chinoise, mais un âge d’or marqué par le contrôle du traffic d’opium, la menace japonaise…Et le reportage s’attache en particulier sur l’extraordinaire destin de Du Yuesheng, parti de rien et qui va devenir tour à tour le maitre de la pègre locale puis un notable important de la cité shanghaienne. On apprend aussi les rapports troubles entre les autorités de la concession française et cette même mafia. Le grand journaliste Albert Londres qui s’apprêtait à dévoiler de saisissantes révélations allait périr dans le naufrage du paquebot le ramenant en France, d’où certaines questions restant sans réponse…
« Last Train Home » de Lixin Fan est beaucoup plus contemporain et s’interesse aux « Mingong », travailleurs migrants chinois ayant quittés les campagnes pour tenter d’aller « faire fortune » dans les grandes villes…Population exploitée, oubliée boom économique chinois dont elle est pourtant un rouage essentielle… Le film s’intéresse à une famille du Sichuan dont les parents sont partis travailler dans une usine de confection à Canton, laissant ses deux enfants au soin de la grand-mère, le tout filmé sur deux ans entre 2006 et 2008. Lixin Fan s’attache particulièrement aux périodes du nouvel an chinois à laquelle ces travailleurs rentrent pour quelques jours au village natal, provoquant les plus grandes migrations humaines de notre temps. Les incroyables images montrant ces foules envahissant les gares valent à elles seules la vision de ce reportage. Pour le reste, on assiste à la vie et à l’avenir bouché de ces parents qui reportent leurs espoirs sur leurs enfants, et ça sera le drame lorsque l’ainée adolescente décidera l’école pour elle aussi aller gagner sa vie à Canton….Le film ne laisse guère percevoir d’espoir pour le futur de ces mingong qui sont environ 130 millions en Chine. Quoi qu’il en soit, le documentaire de Lixin Fan est un rare témoignage sur un sujet fort délicat à traiter….
« Shanghai Les Années Folles » sera rediffusé le jeudi 31 janvier à 16h30. Il ne semble pas que « Last Train Home » soit rejoué…

Ce dernier week-end, le festival recevait la réalisatrice (également écrivain) Peng Xiaolian, cinéaste de Shanghai qui présentait à travers trois films sa « Trilogie de Shanghai »; « Shanghai Rumba », « Femmes de Shanghai » et « Shanghai Story ». N’ayant vu que les deux premiers, mon enthousiasme vous apparaitra peut-être tronqué, il est cependant certain que Peng Xiaolian a réellement conquis le nombreux public, par ses films mais également par son plaisir à répondre longuement aux questions de Damien Paccellieri puis des gens présents dans la salle, avec une répartie et un humour sensationnels! A travers son oeuvre, Peng Xiaolian aime se consacrer aux destins de femmes, celà peut se passer dans les années 40 dans une période située entre la capitulisation japonaise et l’arrivée au pouvoir des communistes et où le kuomintang soumet la population à d’éprouvants contrôles, particulièrement dans le milieu artistique comme c’est le cas dans « Shanghai Rumba ». « Femmes de Shanghai » met en scène dans le Shanghai contemporain trois générations de femmes;la grand-mère, la mère et sa fille. Les deux dernières doivent quitter le foyer, la mère forcée au divorce par une relation essoufflée. Elles sont fraichement recueillis par la grand-mère avant de croire à un nouveau bonheur lorsque la mère se lie à un homme veuf papa d’un adolescent…

Les films étant rejoués, je ne vous en dévoilerai guère plus. Sachez juste que l’histoire de « Shanghai Rumba » est réelle. Le principal personnage féminin du film est d’ailleurs encore en voie, agé de 88 ans. Le shanghai de l’époque est magnifiquement reconstitué, principalement les studios de cinéma de l’époque puisque, comme dit plus haut, c’est le thème principal du film, parrallélement à la trâme amoureuse qui va se lier. Une oeuvre très belle jouée par des acteurs formidables qui ne peut laisser le spectateur indifférent.
« Femmes de Shanghai » est tout aussi réussi, mettant lui en exergue les tares des sociétés modernes, les difficultés de couple, et le relationnel dans les grandes cités urbaines vus du côtés féminin..Ce film très sensible tourné en 2001 montre de très belles vues de Shanghai et permet de réaliser à quelle vitesse cette ville a changé en 10 ans. Un spectateur a justement dit après la projection: « On dirait un vieux films…. », certainement a t-il lui aussi été frappé par les floppées de vélos laissant croire à une réalisation bien plus ancienne. Tout va très vite en Chine….Quoi qu’il en soit, Peng Xiaolian a été véritablement une « révélation », il était triste de l’entendre dire qu’il lui était de plus en plus difficiles d’obtenir des financements pour tourner de nouveaux films….Tous les intervenants de ce festival , chinois ou français, s’accordant à dire et à regretter que en Chine, les films « commerciaux » monopolisent de plus en plus les salles de cinéma, souvent de grands complexes voués à enrichir leurs propriétaires..
Le cycle « De Pékin à Taipei… » n’a lui pas ces soucis, il est véritablement une réussite à tous les niveaux. MPAC continuera bien sur à vous livrer ses très humbles et très personnelles impressions. Je vous laisse avec un petit film d’une trentaine de minutes montrant une bonne partie de l’interview de l’excellente Peng Xiaolian après la projection de « Shanghai Rumba », Enjoy!! (tiens, pourquoi je parle anglais moi….?)

Filmé par Mon Petit Ailleurs Chinois
Les trois films de Peng Xiaolian auront bien sur droit a une seconde présentation: « Shanghai Rumba » 1er février à 21h00, « Femmes de Shanghai » 6 février à 14h30 et « Shanghai Story » le 7 février à 14h30.
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