Ai Weiwei Never Sorry
Posté par faguoren le 5 décembre 2012
Dans son malheur Ai Weiwei a une sacrée chance! Après l’expo que lui a consacré le « Jeu de Paume » à Paris, voici qu’arrive un film-documentaire signé Alison Klayman, une jeune journaliste américaine, sur le pire cauchemar des autorités chinoises, devenu le symbôle le plus médiatique de l’opposition au régime chinois, loin devant Liu Xiaobo, pourtant prix Nobel de la paix et toujours emprisonné dans une geole du Liaoning.
Il faut avouer que le CV de Ai Weiwei, architecte, sculpteur, cinéaste, photographe, performer….a tout pour faire de lui cette sorte de héros « anti-régime de Pékin », d’autant plus qu’il a su à merveille user des nouvelles technologies pour étendre son audience bien au dela des amateurs d’art contemporain. Ai Weiwei est en outre le fils d’un célèbre poète chinois, Ai Qing, qui fut persécuté lors des sombres années de la révolution culturelle. Le film nous rappelle justement que Ai Weiwei a vécu ces douloureux évènements en étant encore enfant (il est né en 1957).
S’il évoque le parcours artistique de Ai Weiwei, le film de Alison Klayman s’attache principalement , et c’est tant mieux, à la personnalité d’activiste de Weiwei. Ces activités allaient réellement prendre leur essor à la suite du tremblement de terre qui endeuilla la province du Sichuan en 2008. Des lors, par l’intermédiaire de son blog puis de son compte tweeter, Ai Weiwei n’aura de cesse de dénoncer ces « écoles en toufu » comme on les nomma, construites sans aucune norme de sécurité et qui allaient devenir le tombeau de miliers d’enfants. Aidé par des bénévoles, Ai Weiwei va s’efforcer de retrouver les noms et prénoms de toutes les victimes puis de les publier sur internet, à la fureur des autorités chinois. Ai Weiwei va d’ailleurs subir à Chengdu un passage à tabac de la police locale. Ses plaintes, pourtant fortement médiatisées par ses soins, n’aboutiront jamais. Une nouvelle « mise en garde » des autorités afin de le faire taire sera de détruire ses ateliers de Shanghai. Ai Weiwei répondra en organisant sur ces lieux une immene fête! Il sera finalement arrêté le 3 avril 2011 et détenu jusqu’au 22 juin dans un endroit tenu secret. Le motif officiel de son arrestation porte sur une soi-disant malversation financière. « Ai Weiwei Never Sorry » se termine alors qu’il sort de prison et déclare qu’il est en liberté provisoire et qu’il n’a pas le droit de s’exprimer sur sa détention. En réalité, dès le 28 août 2011, il reprendra la parole dans un texte pour le magazine américain « Newsweek » où il s’en prendra violemment au régime de répression de Pékin. Le combat continue….!
Tourné sur une période de deux années, mais ou figure aussi des images tournées par Ai Weiwei, ce film est tout à fait intéressant, montrant les dessous de la vie d’un activiste chinois dans son pays, même si , répétons le, Ai Weiwei a la chance d’avoir une célébrité et une popularité que doivent lui envier bien des combattants de l’ombre.L’imposante stature barbue du bonhomme, au demeurant calme et posé, lui vaut un évident capital sympathie. A mon sens, plus que l’expo du « Jeu de Paume », ce documentaire nous apprend qui est vraiment Ai Weiwei. Popularisé par ses travaux pour le célèbre « Nid d’oiseaux » à Pékin, stade olympique au design fabuleux, ou par ses photos montrant ses doigts d’honneur un peu partout sur la planéte (Celui face à la Tour Eiffel illustre d’ailleurs l’affiche française du film), Ai Weiwei tel qu’il apparait dans le film , est avant tout un infatigable défenseur de la liberté d’expression, un humaniste inventif avouant sa peur quotidienne mais décidant de la combattre de face. Des images familiales apportent au film un surplus de réalité, d’authenticité. Elles témoignent à coup sur de la confiance accordée à la réalisatrice pour réaliser ce documentaire. Un film à voir absolument que l’on apprécie et/ou connaisse ou pas l’art d’Ai Weiwei, le propos va bien au dela! « Ai Weiwei Never Sorry » est sorti sur les écrans français le 5 décembre 2012.
Bande-annonce du film
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Salut Jean-Marie,
Tu disais il y a quelques jours que Ai Weiwei t’agaçait quelque peu, et c’est vrai qu’il peut être agaçant, ne serait-ce que par sa façon de « voler la vedette » à tous les autres remueurs insoumis de la Chine Populaire. Ses provocations semble parfois être des agitations égotistes, et ses œuvres d’art ne me touchent pas forcément.
Mais cette position de vedette internationale de la rébellion est sans aucun doute ce qui lui donne la possibilité, justement, d’être rebelle. Il n’a pas sa langue dans la poche et sait mettre les mains dans le cambouis pour dénoncer les magouilles. Par exemple:
- La dénonciation de l’arbitraire du système de justice dans son film documentaire 老妈蹄花 (qu’on peut visionner en ligne).
- La dénonciation de la manipulation sur internet avec sa passionnante interview d’un « online commentator » (ceux qu’on appelle les 五毛 qui sont payés pour « orienter » les discussions en ligne). Impossible bien sur de savoir si cette interview est authentique, mais venant d’Ai Weiwei, ça semble crédible, et donne une réalité concrète à ces fameux wumao dont l’existence semblait quelque peu surréaliste.
Je n’ai pas encore vu le film. Y parait que j’ai gagné une place par le concours facebook organisé par le site « Chine et films », mais je ne l’ai pas encore reçu. (entre temps, je l’ai téléchargé illégalement, éhontément).
Allez, bon vent!
Gui
Lien vers l’interview en question:
http://www.newstatesman.com/politics/politics/2012/10/china%E2%80%99s-paid-trolls-meet-50-cent-party
Ah ben j’avais écrit un long commentaire mais apparement il a pas su faire son chemin sur le site
Je disais que certe Ai Weiwei peut être agaçant à « voler la vedette » de tous les agitateurs politiques chinois, et que sa provoc’ semble parfois un peu égotiste, mais que c’est aussi un dénonciateur efficace. Il n’a pas la langue bien pendue et n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. Et sans la grande médiatisation dont il fait l’objet, il se serait fait cloué le bec depuis longtemps.
J’ai dernièrement pu voir son film 老马提花 sur l’arbitraire du système policier et judiciaire (à regarder sur youtube), et lu son interview d’un 五毛 (ces fameux commentateurs payés par le gouvernement pour orienter les discussions sur internet). C’est l’adresse de cette interview que j’ai posté dans mon commentaire précédent.
Sinon, j’espère voir le film bientôt, car même si j’imagine que je n’y apprendrai pas grand chose sur le bonhomme que je ne sache déjà, c’est toujours sympa de voir sa bouille.
Salut Guillaume.
Si si, ton premier commentaire a survécu. Mais tu vois, sur cet hébergeur, ce n’est pas la censure qui sévit, mais l’appréciation du webmestre du blog. La cause à toutes sortes de spam qui tentent une percée diabolique! (Porno, viagra, femmes russes à marier…etc etc…..). Il faut donc juste que j’approuve les commentaires, ce qui nécessite que je sois à la maison devant l’ordi.
Pour revenir à Ai Weiwei, la dimension artistique de l’homme ne m’a pas impressionné plus que ça, d’où ce que tu appelles mon agacement, mais « Never Sorry » m’a justement permis de bien cibler le personnage, sa persévérance à diffuser aux masses ce qu’il considère comme étant des atteintes aux droits et/ou aux personnes en Chine. Sa dimension charismatique est évidente. Ce film est donc un film important, pour quiconque intéressé par la Chine et son fonctionnement intérieur. J’avais déjà lu pas mal de choses sur les manipulations de l’internet en Chine, mais je ne me souviens pas avoir lu à propos des 五毛。。Merci donc à toi pour le lien.
à+ !