
Voilà, cette seconde édition du festival du cinéma chinois est désormais close, dans sa configuration parisienne tout du moins car la province va prendre le relais dans quelques jours! Je vais tacher d’en rédiger mon petit bilan personnel, sachant que des problèmes de santé m’ont un peu freiné dans mon élan, deux jours avant l’ouverture du festival, j’étais sur un lit d’hopital!! Il va sans dire donc que j’ai zappé les premiers jours…..J’ai néanmoins pu assister à la projection de sept films sur un total de quatorze. Par gestion du temps et du fait de ma convalescence, je n’ai pu voir aucun des quatre films d’animation proposés…

Mon Cher Ennemi
Un petit mot sur le cadre, ou plutôt les cadres, puisque deux salles se partageaient les projections. Une première semaine dans le luxueux Gaumont des Champs-Elysées, méga-complexe jouxtant la boutique du PSG! Exposition parfaite donc qui a probablement eu l’avantage d’attirer quelques curieux. L’affluence était au rendez-vous, certaines étaient même complète, le public chinois était souvent majoritaire, ce qui est toujours une bonne surprise car je suis souvent étonné du peu de chinois se rendant dans les salles lorsque sort un film dans le circuit normal. Ce festival privilégie les films « grand public », c’est probablement une cause essentielle…
Changement total de décor pour la seconde semaine à « L’Action Christine » , salle située dans une petite rue calme en plein coeur du quartier latin. Une ambiance beaucoup plus intime et où on fait la queue sur le trottoir pour acheter ses billets. Nettement moins de monde, du moins dans les projections auxquelles j’ai assisté, mais un petit côté familial qui rendait ces séances très agréables.

L’amour n’est pas aveugle
Comme écrit plus haut, la programmation privilégie les films grand public, ce fut d’ailleurs le cas également lors de la première édition au printemps 2011 et c’est je pense, ce qui différencie le plus ce festival du « Festival de cinéma chinois de Paris » qui se déroule chaque année à l’automne, plus « pointu » et réservant une part de son programme aux rétrospectives. Je connais d’ailleurs des chinois qui avaient déjà vu la majorité de ces films sur le net, il semble d’ailleurs que ce soit l’un des grands soucis auquel est confronté l’industrie du cinéma chinois, mais c’est une autre histoire…..
Pas d’à priori négatif cependant quant au contenu de cette programmation. Certes, quand on a été comme je le suis par les films d’auteur de Zhang Yimou ou de Lou Ye, voir une sorte de super-production à l’américaine mérite une certaine adaptation. Je demande alors uniquement à passer un bon moment, même si certaines comédies romantiques présentées ne sont pas appelées à rester dans les mémoires. « Mon Cher Ennemi » par exemple, pâr la réalisatrice Xu Jinglei ( célèbre en Chine) qui joue également le rôle féminin principal, histoire sentimentale sur fond de rupture puis de réconciliation dans le cadre de leur profession qui les voient travailler dans deux banques concurrentes. C’est rythmé, on passe de Hong-Kong à Chengdu en effectuant un détour par Londres sans ennui. Une histoire qui aurait pu être tourné n’importe où sur la planète, un agréable produit de consommation qui réjouira la majorité du public, une oeuvre de la génération « smartphone » bien loin d’une immersion dans la Chine mystérieuse et secrète. Même constat pour « L’Amour N’est Pas Aveugle » de Teng Huatao où une jeune planificatrice de mariage apprend que son petit ami la trahit avec sa meilleure amie….S’en suit alors une lutte acharnée pour surmonter cette déception où l’héroïne se charge d’organiser des cérémonies de mariages alors qu’elle même doit renoncer à sa propre cérémonie. Heureusement , elle va être dans cette épreuve soutenue par un collègue de travail loufoque et fantaisiste. Un film qui vaut des moments très droles sur un sujet pourtant douloureux: la séparation amoureuse non désirée, la trahison….Un sujet qui semble avoir suffisament inspiré l’auteur qui avant de tourner ce film a recueilli les témoignages de personnes ayant subit une séparation. Un sujet traité ici avec beaucoup d’humour, et l’audience à grande majorité chinoise a particulièrement apprécié la projection. Moi aussi au final….

L’Amour Eternel
Changement de cap avec le drame de Gu Changwei, « L’amour Eternel ». Gu Changwei ne réalisa son premier long-métrage qu’en 2005, mais il fut auparavant collaborateur de Chen Kaige ou de Zhang Yimou, il mérite nécessairement le détour! Son film évoque l’un des plus douloureux drame de la société chinoise de ces vingt dernières années; la contamination du virus du sida dans certaines campagnes pauvres suite à la vente de sang pour améliorer l’existence. Un sujet déjà traité, que ce soit dans le cinéma ou la littérature, mais que le film de Gu Changwei propose de lier avec une belle histoire d’amour de deux êtres se sachant condamnés à court terme mais qui ne vont pas hésiter à pulvériser certains tabous, y compris l’adultère, pour vivre une ultime et intense histoire d’amour. Un beau moment de cinéma et le plaisir de retrouver Zhang Ziyi, toujours aussi belle et envoûtante. Le premier grand moment de ce festival pour moi.

Kora
Le temps de prendre l’air quelques minutes, un peu bouleversé par l’émouvante saga sur fond d’épidémie de sida qu’il faut retourner dans la salle du Gaumont pour assister à la projection de Kora, un film tout à fait étonnant, sorte de quête initiatique vouée à un frère décédé. Zhang Shuhao vit à Taiwan, il perd subitement son frère ainé et découvre dans le carnet intime de celui-ci le fou projet qu’il ambitionnait: relier à vélo Lijiang, dans la province chinoise du Yunnan, à Lhassa au Tibet, un périple de 1800 km parmi les plus hauts routes et chemins du monde. Zhang Shuhao décide alors lui-même de mener l’aventure. Bien qu’inexpérimenté, il est animé d’une farouche et indestructible volonté de réussir, pour son frère… Traversé de belles rencontres, le voyage sera aussi une douloureuse épreuve face à l’adversité, les éléments, la nature rebelle……Rien ne pourra contrecarrer les desseins du jeune homme…Le film est bien sur aussi l’occasion de traverser des paysages grandioses, superbement mis en valeur par le réalisateur.

Hello! Monsieur Shu
Il est des livres, des films…..dans lesquels il est parfois difficile de rentrer, comme si l’ambition de l’auteur ne parvenait pas à s’incérer dans notre esprit. Et dans le cas de « Hello! Monsieur Shu » de Han Jie, celà s’est avéré particulièrement ardu, pour ne pas dire impossible! Le héros vit dans le nord-est de la Chine, il est garagiste dans un petit village et souffre de soucis psychologiques…Il passe alors la majorité de son temps perché sur un arbre! On le suit alors dans ses hallucinations, ainsi que son amour naissant avec une jeune femme sourde et muette….Le film évoque également l’expropriation des populations. Le tout se veut surréaliste sans occulter l’humour. Il m’a surtout profondément ennuyé. J’en suis encore à essayer de décortiquer les tenants et les aboutissants de ce film, sans guère d’espoir d’en tirer une conclusion correcte….Tant pis…

Sous L’Aubépine
Un film de Zhang Yimou ne peut, même en 2012, passer inaperçu. L’ayant relativement délaissé depuis une bonne dizaine d’années, je reste sur ces éternels souvenirs de chef-d’oeuvres immortels, avant qu’il ne se lance dans les « Wu Xia Pian » ( films de sabre) et qu’il ne soit le réalisateur de la , somptueuse il est vrai, cérémonie d’ouverture des J.O. de Pékin en 2008. Zhang Yimou était unique pour nous conter des histoires ,souvent simples, de la Chine profonde, réelle et traditionnelle. Des drames souvent douloureux, des films marquants pour très longtemps. Bonne surprise, avec « Sous l’Aubépine » réalisé en 2010 mais qui demeurait inédit en France, Zhang Yimou renonce à la grandiloquence qui l’a , à mon goût, trop souvent accompagné depuis 10 ans pour se concentrer sur la simple narration d’une émouvante relation entre deux jeunes gens en pleine période de la révolution culturelle. Une période où il était mal vu et antiu-révolutionnaire de s’aimer. Ce n’est pourtant pas le contexte pôlitique qui arrivera à bout de cet amour, mais la maladie incurable du jeune garçon…. Un film pas vraiment joyeux donc, à l’image des plus grands mélodrames de son auteur. La scène finale m’a même tiré les larmes…..Bon, cela fait plaisir de retrouver un Zhang Yimou conteur des sentiments et des brissures de l’âme humaine. Certes, on est loin de « Vivre » ou de « Epouses et Concubines » mais j’ai eu, en voyant ce film, la curieuse impression de rajeunir d’au moins 15 ans! En outre, le film est servi par le talent et le charme de ses deux formidables jeunes acteurs principaux, Zhou Dongyu et Dou Xiao, deux noms que je vais retenir à coup sur!

Le Grand Magicien
Le festival s’est terminé pour moi avec « Le Grand Magicien » de Derek Yee, et ce fut une belle apothéose, du vrai cinéma de divertissement à l’usage de tous, où l’on rit de bon coeur, où les situations se succédent à un rythme infernal, etc etc……Le but n’est pas de se creuser la cervelle et l’intrigue est finalement secondaire, au bénéfice de quiproquos sémillants! L’action se déroule juste après la fin de l’empire, les seigneurs de guerre régnent sur la Chine et l’un d’eux , craint de tous, a un sérieux soucis avec sa septième concubine, qui se refuse à lui alors qu’il voudrait en faire sa favorite. La belle était promise à un maitre de la magie qui ne rêve que de remettre la main sur sa dulcinée. Par ailleurs, dans l’entourage des deux hommes , se trame un complot destiné à ramener au pouvoir la dynastie Qing. Voilà pour les bases du scénario, le tout est superbement réalisé, les effets spéciaux à la hauteur. Les acteurs semblent s’être bien amusé. J’en ai fait de même assis dans mon fauteuil de spectateur. Et, je l’avoue, c’est toujours un plaisir pour moi de retrouver Zhou Xun sur un écran, même si elle a bien changé depuis « Suzhou River » ou « Balzac et La Petite Tailleuse Chinois »! En tous cas, j’étais ravi de terminer sur cette note jouissive. Le cinéma, c’est bien aussi quand il donne le sourire et l’humeur joyeuse, non?
Voilà donc ce que fut pour moi ce festival, il ne va pas révolutionner ma perception du cinéma, chinois principalement. Il faut néanmoins chaleureusement remercier les organisateurs. En souhaitant encore de nombreuses éditions dans le futur!!! Et, ce festival n’est pas fini, puisque qu’après Paris, une sélection de ces films sera présenté à partir du 6 juin dans plusieurs villes de province mais aussi sur l’ile de la Réunion!
Le programme est ici: http://www.festivalducinemachinois.com/