Porte De La Paix Céleste
Posté par faguoren le 4 juillet 2011
En novembre 2009, l’un des premiers articles de ce blog fut consacré au roman de Shan Sa « La Joueuse De Go », j’ai depuis honteusement négligé de revenir sur l’oeuvre de la romancière chinoise établie à Paris depuis 1990. « Porte De La Paix Céleste », premier roman de l’écrivain, parait en 1998 et place déja la barre trés haut, il recevra d’ailleurs le prix Goncourt du 1er roman.
Shan Sa avait quitté Pékin et La Chine pour la France suite aux événements de Tian An Men et ce sont ces événements qui servent de fil rouge au roman. Le récit débute lors de la débandade qui découle des manifestations et la répression est sans merci. Ayamei est une jeune étudiante mais elle est aussi l’une des leaders du mouvement. Aussi quand elle parvient à échapper à la police qui la recherche pourtant activement, sa capture morte ou vive devient primordiale pour les autorités. Pékin charge alors un jeune militaire, le lieutenant Zhao, guère plus agé que sa proie, de mettre la main sur la « criminelle »….Le lieutenant Zhao vient d’une province éloignée et d’une famille pauvre, il a trouvé en l’armée une raison de vivre et des principes auxquels qu’il n’a jamais imaginé remettre en cause, et sa loyauté envers l’autorité et le parti est inaltérable. De son côté, Ayamei, dans sa fuite éperdue, est aidé par un camionneur qui va lui offrir l’asile puis un refuge auprés de sa famille dans une campagne montagneuse, éloignée de tout, où la jeune fille trouvera sécurité et anonymat, du moins le croit-elle…
A Pékin, Zhao et ses hommes perquisitionnent la maison familiale d’Ayamei, mettant à sac l’appartement et provoquant la mort du pére de la fuyarde. Le militaire va surtout découvrir le journal intîme de la jeune fille dont il va page aprés page découvrir qui elle est réellement, loin des discours officiels faisant d’elle une redoutable ennemie de l’état à éliminer absolument.
Suite à une dénonciation, Zhao retrouve la trace d’Ayamei et le récit de Shan Sa va alors prendre une tournure trés différente. La brutalité laisse place en une sorte de traque où la poèsie, l’imaginaire, voire le surnaturel prennent le dessus sur les convictions qui semblaient pourtant bien ancrées dans l’esprit du lieutenant Zhao. Il ne veut pas laisser échapper sa victime, mais il en découvre à la lecture de son journal les multiples facettes, sa personnalité de jeune fille, ses espoirs, ses aspirations, ses tourments….Zhao découvre des moments de vie et d’émotion que son existence de militaire ne lui a jamais laissé entrevoir. La « criminelle » n’est peut-être pas celle décrite dans les médias chinois…Un malaise qu’il ne peut avouer ou décrire atteint alors celui qui se souvient alors qu’il est aussi un jeune homme…Il lui faut vraiment débusquer Ayamei, pour comprendre…
Mais Ayamei est trop éprise de liberté pour se laisser capturer ainsi, elle prend la fuite dans les montagnes en compagnie d’un jeune vagabond qui va l’aider à survivre. Mais quand Ayamei sera en ligne de mire de son poursuivant, celui-ci devra prendre l’ultime décision: éliminer la fugitive ou pas…
Un peu comme dans « La Joueuse De Go », mais dans un contexte fort différent, Shan Sa met en lumière deux personnages aux destins fort antagonistes mais qu’un épisode de la vie va mettre en corrélation. Entre la lente prise de conscience du militaire et la sensibilité d’une jeune étudiante amoureuse de la vie, va se nouer une poursuite onirique. Shan Sa narre à merveille les états d’âme de ses personnages et sait trouver les mots justes pour rendre la lecture touchante et passionnée.Un magnifique et indispensable roman qui se lit en outre trés rapidement , il fait à peine 150 pages. Le lire , c’est rentrer dans l’univers de Shan Sa, vous pourrez difficilement vous en passer….
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