
Le film-polémique qui occasionna à son auteur, Lou Ye, cinq années d’interdiction de tournage en Chine suite à la projection du film à Cannes en 2006, ceci malgré le veto imposé par les autorités de Pékin. Les raisons invoquées furent une une soi-disant copie de mauvaise qualité fournie par Lou Ye lui même, mais les véritables motifs étaient bien ailleurs. Une bonne partie de « Une Jeunesse Chinoise » se déroule avec en toile de fond les manifestations de Tian An Men en 1989. En outre, cette histoire d’amour (car ce film est avant tout une histoire d’amour…) est filmé avec une sensualité et un érotisme bien trop provocateurs pour les autorités chinoises. Lou Ye récidivera d’ailleurs plus tard en tournant « Nuit D’Ivresse Printaniére » dans lequel il filmera de façon sans équivoque l’homosexualité…Voila donc ce qui fit essentiellement parlé du film, c’est à la fois instructif et restrictif. Si ces entraves à la liberté démontrent que l’expression artistique en Chine est encore bien cadenassée, elles ne doivent pour autant pas nous faire désintéresser du film et du talent de Lou Ye à filmer la passion amoureuse . C’est la meilleure contribution possible à tenter de briser les chaines…
Si vous êtes habitué à ce blog, vous connaissez certainement mon admiration pour Lou Ye ( « Suzhou River » restera probablement pour longtemps l’un de mes films de chevet) , aussi la censure qui le touche m’exaspére au plus haut point….Mais je vais donc m’attacher à vous parler de « Une Jeunesse Chinoise ».
Yu Hong , jeune étudiante du Dongbei, tout proche de la frontiére nord-coréenne, reçoit sa lettre d’admission pour aller étudier à Pékin. Elle quitte donc Tumen, sa famille et son petit ami et se retrouve au coeur d’un monde qu’elle ignorait jusqu’alors, fait d’indépendance, de liesse estudiantine et de frénésie des sentiments. Sa rencontre avec Zhou Wei va bouleverser son existence, les deux étudiants vont vivre un amour passionnel où les corps vont s’aimanter mais où les âmes iront jusqu’à se déchirer. Dans cet univers qui va bientôt vivre l’exaltation d’un révolte vouée à l’échec et tragiquement réprimée, les deux amants vont se séparer et prendre des chemins bien différents. Yu Hong quitte Pékin et part à l’autre bout de la Chine. Quant à Zhou Wei, il émigre en Allemagne avec Li Ti, la meilleure amie de Yu Hong. Les années passent, le monde évolue en ce début des années 90, la chute du mur de Berlin puis l’éclatement de l’URSS dévoilent des perspectives nouvelles un peu partout sur la planète.
Yu Hong va alors vivre de longues années d’indécision et de souvenirs malaisés, s’offrant à des hommes qu’elle ne peut aimer. Tourmentée et nostalgique de ses années de passion, elle traverse le temps qui passe en ressassant ses désirs à jamais disparus. Suite à la disparition tragique de Li Ti, Zhou Wei quitte Berlin et rentre en Chine. Plus de dix ans aprés la séparation, Yu Hong et Zhou Wei vont se retrouver mais la brisure reste sans espoir et inéluctable….
« Une Jeunesse Chinoise » est donc bien plus qu’un film politique, même si le contexte d’époque est omniprésent. On y voit d’aiileurs des images d’archives filmées aussi bien à Pékin que Moscou où Berlin. Mais tout ceci n’est prétexte qu’à présenter une nouvelle analyse de la passion amoureuse, passion complexe et non dénuée de risques vécue par une jeunesse en pleine ébullition qui, le temps d’un printemps, va croire que tout est possible. Encore un trés beau film de Lou Ye, cinéaste singulier d’un style qui n’appartient qu’à lui. Le rôle de Yu Hong est joué par Hao Lei, jeune actrice née dans la province du Jilin et dont c’était le premier grand rôle, ce qui rend sa performance d’autant plus remarquable dans ce drame qui révèle un sens de l’érotisme nouveau dans le cinéma chinois. Aux dernières nouvelles, Lou Ye prépareraient un nouveau film….

(Un extrait du film, que l’on trouve par ailleurs trés facilement en DVD)
« Mon Petit Ailleurs Chinois » a passé voici 48 heures le cap des 30000 visites, ce qui en un peu plus d’un an et demi d’existence m’apparait fort honorable. Le blog apparait d’ailleurs en lien dans pas mal d’autres blogs. Ma seule déception réside en fait dans le nombre trés (trop) restreint de commentaires, mais ça je ne peux vraiment rien y faire….Mais bien sur, le blog va continuer. Parler de mes passions chinoises sera toujours pour moi un sujet inépuisable. Cap vers les 40000 donc!