Posté par faguoren le 30 avril 2011

Li Yu (李漁) est un écrivain chinois du XVII siècle, né en 1611 et mort vers 1679 semble t-il, mais ça se pourrait aussi que ça soit en 1680….peu importe. Il est fort connu pour avoir préconisé tout au long de son oeuvre les plaisirs de la vie…J’ai par le passé déjà deux fois « osé »
m’exprimer publiquement sur mon intérêt à lire de la littérature érotique chinoise ancienne, ce fut tout d’abord « Le Tao de l’art d’aimer » puis « Histoire hétérodoxe d’un lit brodé » (voir archives du blog) voici maintenant « De la chair à l’extase », un grand classique du genre! Je ne cesse d’etre étonné confronté à cette liberté d’écriture qui sévissait dans cette Chine d’antan. Dans un monde où se succédent les périodes de puritanisme outrancier et les moments d’ouverture d’esprit, cette époque semble particulièrement avoir été propice aux plaisirs charnels, c’est en tous cas l’idée qui en ressort à la lecture de ce roman…Un étalage successif de scénes lubriques ne serait que peu intéressant pour ma part s’il n’était pas étayé d’une bonne dose de sagesse et au final, la morale finit par prendre le dessus…
Weiyangsheng est un jeune lettré au physique fort engageant, attiré par les voies de la sagesse et de la méditation, il est vite rebuté par ces perspectives, persuadé que son destin et de séduire toutes les femmes, jolies si possible, qui croiseront son chemin. Après avoir épousé la naïve fille d’un tyrannique paysan du coin qu’il va très vite dévergondé, il délaisse rapidement celle-ci pour s’aventurer à la recherche des plus resplendissantes beautés aidé en cela par le redoutable Sai Kunlun, surnommé « le roi des voleurs » avec qui il se lie d’amitié et va signer une sorte de pacte….Mais les projets de Weiyangsheng vont subir un bien délicat coup d’arrêt lorsqu’il se rend compte que son organe est bien moins développé que la moyenne…Mais grace à un sorcier du coin, il va vite remédier à ce petit inconvénient (oui, oui…les chinois ont aussi voilà bien longtemps inventé la chirurgie sexuelle…!! Lisez, vous verrez…!!) et l’insatiable libertin va alors pouvoir user de la chair jusqu’à épuisement, provoquant ruptures, jalousies, tromperies, coups fourrés…..Mais l’apologie du plaisir et de la jouissance ne dureront qu’un temps….
Le roman de Li Yu est bien évidemment fort iconoclaste. Il n’a rien à envier aux récits les plus chauds de certaines revues spécialisées (en fait, je n’en ai jamais lu mais j’imagine aisément…) mais c’est aussi un bel essai sur les excés du désir humain, qui ne mène finalement qu’à la désillusion. Traité avec beaucoup d’humour, ce roman se lit avec délectation et est , n’en doutez pas, une véritable oeuvre littéraire d’époque, lucide et réaliste. J’adore!
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Posté par faguoren le 30 avril 2011

Ce film, sorti sur nos écrans cette semaine, n’est pas à proprement parler un film « chinois », il s’agit d’un co-production internationale -France, Allemagne, Chine- signée du réalisateur allemand Florian Gallenberger retraçant le parcours de John Rabe qui en 1937, lors du siège tristement célèbre de Nankin par les japonais, parvint à sauver la vie à 200000 citoyens chinois de la « capitale du sud ». Il aura donc fallu de nombreuses décennies pour que soit mis en lumière le sacrifice de celui qui était pourtant membre du parti nazi, le film « City Of Life And Death » (南京!南京!)de Chuan Lu sorti en France en 2010 évoquait déjà grandement la détermination de cette sorte de « Schindler de Nankin » à mettre sa propre sécurité en péril afin de sauver un maximum de gens des atrocités japonaises.
En cette fin d’année 1937, John Rabe dirige la succursale de la société allemande Siemens à Nankin, mais en haut lieu, il a été décidé de le remplacer par un nazi ‘pur et dur’. Alors que ses valises pour l’Allemagne sont déjà prêtes, survint alors le 1er bombardement japonais sur la ville, bientôt suivi de l’envahissement de ces mêmes forces japonaises sur cette immense cité chinoise. Les massacres en chaine se succédent alors, les viols se multiplient et les japonais semblent ne vouloir reculer devant aucune barbarie pour symboliser la supériorité de l’empire…John Rabe décide alors de rester sur place et de créer une sorte de zone de sécurité, fort de sa nationalité allemande et de son appartenance au parti nazi, Hitler étant alors l’allié des japonais. En compagnie d’autres expatriés (il existait alors à Nankin des concessions étrangères, un peu comme à Shanghai), ils vont permettre à 200000 habitants de la ville de se réfugier dans un no man’s land , paramètre pourtant souvent fragile face à un ennemi ne reculant devant aucune horreur…
C’est donc ce combat permanent pour sauver des vies humaines que cible le film de Florian Gallenberger, une reconstitution historique souvent poignante qui a le mérite de ne pas trop nous abreuver d’images trop sanglantes, comme le faisait le film de Chuan Lu (rien que d’y repenser, j’en frissonne encore….). Le role du personnage principal est interprété magistralement et avec toute la sobriété qui s’impose par Ulrich Tukur, connu entre autres pour son apparition dans le très beau « La Vie Des Autres » en 2006.
Un beau film à voir donc, surtout que contrairement aux films que je chronique ici, celui-ci bénéficie d’une distribution bien plus large, et devrait intéresser tous les passionnés d’histoire du XXième siècle, qu’elle soit chinoise ou pas…

(bande-annonce du film)
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Posté par faguoren le 26 avril 2011

Le lundi 2 mai 2011, Arsinica offrira sa dernière séance du Cycle Shadows pour la saison 2010/11 avec la projection de « Uniform », un film signé Diao Yinan, l’auteur de « Train De Nuit » récemment chroniqué ici. « Uniform » fut en 2003 le premier long-métrage du réalisateur. Une séance à ne pas manquer donc et comme toujours, la projection se déroulera au « Studio Des Ursulines » 10 rue des Ursulines 75005 Paris à 20h30.

(Un extrait du film ci-dessus, en chinois)
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Posté par faguoren le 25 avril 2011

Quand j’ai pour la première fois entendu parler de ce roman de l’auteur des superbes « Vivre » ou de « Brothers »….je m’étais imaginé à tort et à la vue du titre que ce récit évoquait les dramatiques contaminations du sida par des transfusions sanguines archaïques qui ont touchées les couches les plus défavorisées de la population depuis une quinzaine d’année dans certaines régions, principalement dans le Henan il me semble….
Il n’en est rien donc, « Le Vendeur De Sang » se rapproche en fait par certains côtés de « Vivre ». Yu Hua nous livre une nouvelle fresque souvent douloureuse recouvrant une trentaine d’années de la vie d’une famille chinoise sous l’ère maoïste. Une de plus me direz vous….et vous n’aurez pas tort, mais Yu Hua est de la graine des grands conteurs, à mon sens digne héritier d’un Lao She par exemple, ce n’est donc pas rien, c’est même carrément étincelant. Yu Hua a en plus le talent fou de parsemer ses histoires d’un humour et de citations à se tordre de rire, même si imprégnées d’un second degré et d’un sens de la dérision qui ramène la drôlerie à la réalité de conditions humaines éprouvantes…
Xu Sanguan, le héros de ce roman , va traverser sa vie au milieu des tourments de son époque, mais lui même au prise avec bien des tourments personnels. Pour y faire face, il va apprendre qu’il est aisé de se procurer 35 yuans en vendant son sang, mais ce procédé qu’il va expérimenter peut être très dangereux pour celui qui en abuse, mais quand il faut sauvegarder le maigre patrimoine familial ou sauver la vie de son premier fils, Xu Sanguan n’aura guère d’autres choix…..Premier fils, pas si sur en réalité car Xu Sanguan qui épousé la belle Xu Yulan va apprendre un jour qu’il n’est pas le vrai père de « Premier Plaisir » , mais que celui-ci semble être le fruit d’un presque viol qu’aurait subit la jeune femme. Alors quand on a au total trois garçons sous le toit familial (« Second Plaisir » et « Troisième Plaisir » sont les cadets ), et que nourrir toutes ses bouches est un défi quotidien, la présence de ce « batard » au foyer familial devient indésirable. Mais le père biologique de « Premier Plaisir » n’entend pour autant en aucun cas récupérer un rejeton supplémentaire sous son propre toit.
Tenaillé entre ce fils » de trop « et l’amour qu’il lui porte au fond de lui-même, Xu Sanguan va livrer de nombreux combats pour survivre. Entre drames, disputes et réconciliations, la vie de la famille Xu nous est conté avec beaucoup d’émotions. L’amour du père et du mari prend toujours au final le dessus sur les tiraillements. Il y a toujours la farouche volonté de vivre et de lutter face à l’adversité.On retrouve évidemment en toile de fond les tragédies du Grand Bond En Avant puis de La Révolution Culturelle (dont va particulièrement souffrir Xu Yulan). Un roman superbe, magnifié je le répète par beaucoup d’humour qui en accentue sa dimension humaine. Yu Hua, héritier de Lao She; oui mais tout autant Zola à la chinoise. A lire absolument…
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Posté par faguoren le 17 avril 2011

Impossible de passer sous silence l’existence de cette petite merveille de resto chinois, découvert il y a quelques temps. De la vraie cuisine traditionnelle chinoise, une carte variée recelant de belles et étonnantes surprises à tester au fil des visites et une spécialité qui m’a savoureusement ravi; de délicieuses brochettes d’agneau savamment épicées! Vous savez, ce genre de brochettes que l’on déguste un peu partout dans les rues des villes chinoises, ces « xiao chi » 小吃 qui sont l’un de mes grands plaisirs à chacun de mes voyages (au fait, je devrais normalement repartir en septembre/octobre prochain, on en reparlera…), hé bien, ce sont les mêmes que vous pourrez manger à l’Iris! Fabuleux! Alors si vous en avez l’occasion, allez vite vous régaler dans cette belle adresse du 3ème arrondissement, dans le quartier de « Arts et Métiers ».
« L’Iris » 183 rue Saint Martin 75003 Paris. Il existe une autre adresse 26 rue Richer dans le 9ème arrondissement, mais je ne la connais pas. Si quelqu’un connait, un petit commentaire serait bien sur bienvenu, bon appétit!

羊肉串
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Posté par faguoren le 10 avril 2011

Me rendant ce matin dans le local poubelle de mon immeuble afin d’y déposer quelques détritus ( non, ne fuyez pas! ah ah:) , mon oeil fut rapidement attiré par une pile de bouquin posée sur le rebord d’un étroit muret, comme pour inviter le visiteur à s’y intéresser, comme si ces livres voulaient dire aux curieux: « Sauvez moi! » . J’y jetais donc instinctivement un coup d’oeil et y trouvais entre divers ouvrages plus où moins intéressants ce « Le Tigre De Papier -sur le développement du capitalisme en Chine 1949 1971- , alors je m’écriais; « Vive la récup! » Un bouquin d’analyses politiques sur la Chine édité en 1972, je ne regrette pas cette acquisition fortuite, ça devrait être intéressant à lire avec près de 40 années de recul. Comme quoi, se débarrasser de ses sacs poubelles peut, le dimanche matin, se révéler être une activité très lucrative.
Le tigre de papier qui en chinois se dit « Zhi Laohu » (纸老虎)est une expression popularisée par Mao Zedong dans les années 50, il désignait ainsi les Etats-Unis ainsi que Tchang Kaï Chek, voulant nommer ainsi des ennemis pas nécessairement dangereux; politique et propagande garantie d’époque!
Tenez, si vous aimez les livres anciens d’occasion et à prix correct, je vous signale une excellente librairie parisienne: « Librairie Rutebeuf « 10 rue Claude Vellefaux 75010 Paris. C’est proche de la place du Colonel Fabien et on y trouve beaucoup de vieux livres sur la Chine, et sur beaucoup d’autres choses!
垃圾箱
Depuis très peu, vous avez la possibilité si vous en avez envie, de mettre un lien de mes articles sur vos pages Facebook et Twitter, ceci dans le but espéré de toujours plus d’échanges, de partages et d’inter-activités, à vot’ bon coeur messieurs dames!
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Posté par faguoren le 8 avril 2011
En ce très printanier vendredi d’avril avait donc lieu dans le prestigieux cadre du « Jeu de Paume » une rencontre avec l’un des plus anti-conformiste réalisateur chinois, Lou Ye. En dépit d’un horaire peu pratique, le petit auditorium était bien rempli, en majorité d’étudiants avec une parité français/chinois à peu près respectée. La conférence était présenté par Anne Kerlan, spécialiste d’art et de cinéma chinois. Anne Kerlan nous a présenté de façon chronologique des extraits de films de Lou Ye, nous replongeant pour quelques instants dansl’ambiance de « Suzhou River », « Purple Butterfly », « Une Jeunesse Chinoise » et « Nuit D’Ivresse Printanière », s’exprimant aussi bien sur le contexte de chaque tournage que sur les spécifités artistiques du réalisateur. Lou Ye est ensuite apparu, détendu et souriant, répondant aux nombreuses questions de Anne Kerlan puis des spectateurs. Intéressant quand on connait le parcours du cinéaste shanghaien, sujet à la censure et aux interdictions de filmer dans son propre pays suite à son film relatant Tian An Men (Une Jeunesse Chinoise), mais aussi du fait qu’il filme le sexe de manière beaucoup trop explicite aux yeux des autorités chinoises….Lou Ye s’est exprimé longuement et je retiendrai juste cette phrase: « La plus horrible des censures est l’auto-censure »…
Plus de deux heures très agréables donc, ce n’est pas tous les jours que l’occasion est donné au public de rencontrer un cinéaste chinois dans ces conditions, merci monsieur Lou Ye pour ce moment privilégié.

(De gauche à droite: Anne Kerlan, la traductrice, Lou Ye)



(Je n’ai bien sur pas manqué l’occasion de m’adonner à l’habituel rituel de la dédicace)
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Posté par faguoren le 5 avril 2011
Evènement le vendredi 8 avril au « Jeu de Paume » 1 place de la Concorde à Paris avec une rencontre exceptionnelle autour de Lou Ye, le réalisateur entre autre de « Nuit d’ivresse printanière », « Une Jeunesse Chinoise » et de l’extraordinaire « Suzhou River » , sur le thème -censure cinématographique et liberté de création dans la Chine contemporaine- un sujet sur lequel le réalisateur est à même de s’exprimer étant interdit de filmer dans son pays durant 5 ans après la sortie de « Une Jeunesse Chinoise » qui évoquait Tian An Men…Nul doute que cette rencontre sera passionnante. Bénéficiant de quelques jours de congés, je m’y rendrai avec enthousiasme vendredi 8 avril de 15h30 à 17h30, l’entrée est fixée à 3 euros. Retrouvez tous les détails sur le site du Jeu de Paume en cliquant sur la photo de Lou Ye ci-dessous.

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Posté par faguoren le 4 avril 2011
Un petit divertissement littéraire avec un court Quizz de 7 questions dédié à celui qui reste l’un de mes écrivains chinois préférés: Lao She. Pas trop difficile pour qui connait l’auteur et une invitation à le découvrir pour les autres! Cliquez sur la photo de Lao She pour jouer.

舒 慶春
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Posté par faguoren le 4 avril 2011

Voici un ouvrage que j’avais offert l’an dernier à un ami à l’occasion de son anniversaire en me promettant un jour ou l’autre de me le procurer moi-même. Je cherchais en fait depuis un bon moment un livre faisant office de référence sur l’histoire de la Chine, un livre pas trop gros ni trop « pointu » tout en ne se contentant pas de survoler le sujet, un livre sérieux et pas trop difficile ni trop barbant à lire……Bref, j’étais en quête du livre que je prendrais plaisir à extirper de l’étagère quand l’envie me viendrait, du livre que je me permettrais de conseiller, du livre où je serais sur d’y trouver, quand je le voudrais, les informations nécessaires à assouvir ma curiosité et mon désir de connaissance…
Cette édition rédigée en 2006 de « Histoire de la Chine » est en fait la réactualisation (et la traduction française) de « China: a new history » paru en 1992 et écrit par celui qui reste l’un des plus illustre sinologue et historien de la Chine américain; John K Fairbank, décédé en 1991 et dont cette ouvrage peut être considéré comme l’aboutissement d’une vie de travail….Livre écrit avec une autre éminitente sinologue d’Outre Atlantique, Merle Goldman qui a oeuvré à la réactualisation de cet imposant ouvrage de 750 pages.
A la fois livre d’histoire et de civilisation, « Histoire de la Chine » ne se parcoure pas d’un trait, comme on lirait son auteur de polar préféré, sa lecture reste néanmoins aisé et peut s’adresser à la fois aux profanes et aux férus d’histoire chinoise. Divisé en 22 gros chapitres qui le rende particulièrement complet. A titre d’exemple, le chapitre premier s’intitule « Les origines et les découvertes de l’archéologie » et nous ramène très très loin en arrière, à l’époque du Paléolithique! Et le livre se termine par un « La Chine au début du XXIème siècle » qui laisse libre cours à toutes les projections vers le futur. Une petite trentaine de cartes illustre les divers chapitres au fil des époques et des dynasties. Un ouvrage clair, concis et précis qui justifie amplement les trente euros nécessaires à son acquisition, nul doute qu’il gardera une place de choix dans votre bibliothèque!
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