Les jours se suivent et se ressemblent, encore une somptueuse soirée de festival en ce samedi soir avec une affluence, week-end oblige, très fournie. Ce samedi proposait également le 1er film consacré à l’hommage/rétrospective que ce festival 2010 a décidé de rendre à Zhou Xuan. Mais qui est donc Zhou Xuan?

Zhou Xuan (周旋)
Elle était une actrice/chanteuse à la carrière mythique.Née en 1918 semble t-il, elle fut élevée par des parents adoptifs, étudiant très jeune la danse et le chant, elle débute une carrière de chanteuse dans les années 30. Surnommée « La voix d’or », elle débute au cinéma dès 1935. Elle joua dans de nombreux films devenus désormais des classiques tel le célèbre « Les Anges Du Boulevard » (progammé dans le cadre du festival le vendredi 1er octobre à 18h30 au cinéma « La Pagode »). Sa vie personnelle ne connut, hélas, pas le même succés et Zhou Xuan connut de nombreux déboires affectifs et amoureux.Suite à une dépression, elle décéda à Shanghaï en 1957. Le cinéma chinois actuel se réfère encore souvent à elle, sa mémoire a d’ailleurs été honorée de l’Exposition Universelle de Shanghaï.
Dans L’Attente De Son Amour (長相思- Chang Xiang Si) 1947.
Dans ce film que l’on doit à Fan Yanqiao et à He Zhaozhang, Zhou Xuan tient l’un des deux roles principaux,celui de Li Xiangmei, une chanteuse que la guerre et l’invasion japonaise a fait retombé dans l’anonymat. Son mari, Hou Xinming, est parti rejoindre les rangs de l’armée de résistance et Xiangmei doit désormais s’occuper de la vieille mère aveugle de Xingming. En ces temps difficile, elle est soutenue par Gao Zhijian, meilleur ami de Hou Xinming mais qui entretient une relation ambigüe avec la jeune femme, une sorte d’amour platonique mais dans lequel Zhijian s’implique avec dévotion pour essayer de rendre la vie de Xiangmei et de sa belle-mère moins ardue.

La relation entre Li Xiangmei et Gao Zhijian s’envenime quelque peu quand la chanteuse retrouve, Liu Qing, une vieille amie ayant peu de scrupules à se lier avec l’occupant et qui procure à Xiangmei un engagement pour chanter dans un cabaret fréquenté par de riches sympatisants aux « diables japonais ». Zhijian, fervent patriote, est alors arrêté par les japonais et ne doit son salut qu’à l’intervention de Liu Qing, mandatée par Xiangmei. Quand arrive l’heure de l’armistice, Hou Xingming que tout laissait à penser qu’il était mort, revient, amputé d’un bras, mais vivant. Gao Zhijian sait alors que son amour pour Li Xiangmei est désormais terminé. Désespéré, il s’en va jeter à la mer les disques jusqu’alors précieusement conservés de la chanteuse…
Ce film pourrait sembler gentiment désuet, si il n’y avait en toile de fond, le drame de l’occupation japonaise.Pour qui aime la découverte, il est en tout cas un formidable document sur ce cinéma chinois d’avant la prise au pouvoir des communistes, un cinéma où l’on retrouve légéreté insouciante et témoignage sur cette période où les troubles se succédaient. La rareté ajoute à l’événement une sensation de privilège à pouvoir visionner ces bobines d’une autre époque, et ça en devient merveilleux! A en remercier vigoureusement les programmateurs de ce festival de nous faire partager émotions et rires (la scène où les japonais perquisitionnent dans l’appartement de Gao Zhijian est particulièrement hilarante, l’envahisseur y est dépeint de façon grotesque et joyeusement caricaturale). Autre moment émouvant, les deux petites-filles et la belle-fille de Zhou Xuan étaient présente dans la salle vêtues de la « Qipao », la robe traditionnelle chinoise, elles étaient à l’évidence ravies de nous présenter ce film!

Après une vingtaine de minutes de pause permettant d’aller se dégourdir les jambes, arrivait l’heure d’enchainer avec cette fois, un film beaucoup plus actuel.
Juge (透析- Tou Xi) 2009.

Si vous êtes un lecteur de ce blog, vous devez donc connaitre Liu Jie dont je vous ai présenté voici quelques temps « Le Dernier Voyage Du Juge Feng » , son oeuvre la plus connue à ce jour en France. Divine surprise, le réalisateur était présent pour nous parler de son film « Juge » datant de 2009. Vous allez penser que cet homme a voué son art à l’unique domaine de la justice…! Certes, mais pas de rapport ici avec « Le Juge Feng » qui racontait la fin de carrière désabusée d’un vieux juge itinérant dans les villages du Yunnan. Dans « Juge », Liu Jie évoque un sujet évidemment fort délicat en Chine, celui de la peine de mort…Plus précisemment, sont mis en scène dans ce film trois rôles dont les destins réciproques vont se trouver intensément liés.
Il y a tout d’abord Qiu Wu, accusé d’avoir volé deux voitures et qui pour cela se voit condamné à mort.
Le juge Tian, qui a prononcé la peine capitale envers Qiu Wu et dont le destin personnel vient d’être bouleversé par la mort de sa fille dans un accident de voiture impliquant une voiture volée.Il est de surcroit soumis à une dégradation au sein de son couple.
Il y a enfin, un riche chinois dans l’attente d’un don de rein salvateur, ce rein devant lui être fourni par Qiu Wu une fois celui-ci exécuté…Il est soutenu par sa jeune fiancée et surtout par un avocat peu regardant sur les manières déontologiques à persuader le condamné à mort à faire don de son organe.
Tout serait d’une limpidité froide et rigoureuse si l’application stricte et procédurière des lois par ce juge traumatisé par un drame personnel n’allait peu à peu être contrariée par une prise de conscience humaniste qui va le pousser à l’ultime instant à sauver la tête de Qiu Wu, et donc de priver le malade du rein tant espéré….La scéne de l’exécution puis de la non-éxécution du condamné est appelé à devenir mythique, elle vaut à elle seule de voir le film! Important de préciser que l’action du film se passe en 1997, année où des réformes concernant les crimes soumis à la peine de mort ont été décidées, cela a d’ailleurs été également le cas ces dernières semaines mais ceci est une autre histoire. Si le sujet vous touche, il est facile d’en faire une recherche sur le net. C’est dans le cadre de ces réformes que le juge Tian va pouvoir revenir sur sa décision initiale et permettre à Qiu Wu d’échapper aux balles de fusil qui l’attendaient, pour un simple vol de voiture…..
Encore une fois, un bien beau film montrant certains aspects de la Chine actuelle parmi les plus contreversés dont bien sur la rigidité judiciaire mais aussi le pouvoir de l’argent face à la pauvreté. Ce dernier aspect est vous en conviendrez un sujet hélas bien plus universel…
Comme pour beaucoup de films que le festival nous offre, il ne reste qu’à souhaiter que ce film connaisse une « seconde vie » sur nos écrans, une vie non pas confinée le temps d’un festival de cinéma chinois mais une exposition dans le cadre habituel des distributions françaises (ah, que j’aimerai revoir ce fabuleux « Electric Shadows » présenté dans le cadre de ce même festival voici 3 ans il me semble…..), on peut toujours rêver….
Liu Jie était donc présent face au public, il a aimablement répondu aux questions posées dans le laps de temps qui lui était accordé, s’excusant pour un mot d’humour prononcé selon lui malencontreusement, ça m’a bien fait rire en tous cas!
Des soirées comme ça, on en redemande!! Ca tombe bien, on remet ça demain dès 15h30!
