Si comme moi vous êtes fanatiques de cinéma chinois, ou même si simplement vous appréciez la vigueur et la diversité de ces films en provenance de l’empire du milieu, vous avez certainement déjà entendu parler de « cinéaste de la 5ème ou de la 6ème génération » pour ne citer que les plus contemporaines. Je vous propose donc d’essayer de s’y retrouver dans cette classification et de tenter de détailler ces six générations du cinéma chinois!
Un peu d’histoire tout d’abord. S’il semble que les premières projections cinématographiques en Chine datent de 1896, la véritable naissance du cinéma dit « chinois » survient en 1905 avec la réalisation de « Mont Dingjun » (定军山)réalisé par Ren Jingfeng, et inspiré de l’opéra de Pékin et nous voilà donc dans:
La première génération
Cette période couvre donc la période du muet. Le cinéma chinois est alors principalement centralisé à Shanghaï. De nombreux studios sont ouverts sur le modèle hollywoodien dans les alentours proches des concessions internationales alors prédominante dans cette ville. Ce sont d’ailleurs d’abord des capitaux étrangers qui financeront ces studios. Dès 1913, on voit pourtant apparaitre les premiers réalisateurs locaux, certes pour la plupart formés aux Etats-Unis ou en Europe. On y réalise alors des mélodrames, certaines comédies mais aussi les premiers films d’arts martiaux. Le premier long métrage chinois « Un couple infortuné » est réalisé en 1913 par Zhang Sichuan. C’est aussi ce même réalisateur qui réalise en 1931 « La chanteuse pivoine rouge », premier film chinois parlant dans lequel joue Hu Die, l’une des premières grande star du cinéma chinois,avec Ruan Lingyu, elle est surnommée « Butterfly Wu ».

(Hu Die 1907-1989)
Si Shanghaï est alors sans contexte la capitale du cinéma chinois, une autre scène voit néanmoins le jour à Canton vers 1923.
La deuxième génération
On peut estimer qu’elle voit le jour avec le développement du cinéma parlant. Elle est en outre marquée par la situation politique de l’époque, à savoir la guerre civile entre communistes et nationalistes ainsi que par l’invasion japonaise. Les studios de Shanghaï sortent principalement des films avec des sujets sociaux inspiré par le cinéma social américain, français ou allemand. Suite à la prise de Shanghaï par les japonais en 1938, quelques réalisateurs persévèrent à tourner sur place dans une enclave nommée « L’île orpheline » alors que d’autres, plus engagé politiquement rejoignent l’armée de libération de Mao Zedong. En 1942, Mao donnera d’ailleurs naissance à sa « Causeries de Yenan sur la littérature et l’art » qui contient les fondements du parti en matière de culture. Cependant, beaucoup de cinéastes partent alors se réfugier à Hong-Kong, puis à Taïwan. Malgré la guerre, le cinéma ne s’arrête pourtant pas entièrement même si beaucoup de productions sont contrôlées par l’occupant japonais. Dès la victoire face à l’occupant, des films sont de nouveaux réalisés à Shanghaï, le plus connu étant « Le printemps dans une petite ville » (小城之春)de Fei Mu en 1948. Il est encore considéré comme une oeuvre majeure du cinéma chinois. En 2003, Tian Zhuang Zhuang en réalisera un remake.

(Le marché de la tendresse 脂粉市场 de Zhang Shichuan, film social de 1933)
La troisième génération
C’est bien sur celle de l’après révolution chinoise, débutant en 1949 et dont le modèle est nécessairement soviétique. De la fin des années 40 au début des années 60 se créent de nombreux studios d’état. Le cinéma devient alors une distraction populaire et met en scène le patriotisme et les transformations économiques et sociales, exaltant le réalisme communiste et les perspectives de bonheur futur…Jusqu’à 1960, le public chinois a accés aux films soviètiques jusqu’à la rupture entre Moscou et Pékin. De grands réalisateurs vont alors se révéler, bien qu’encadrés politiquement. Citons notamment Zheng Jun Li ou Xie Jin. Par ailleurs, se développe un cinéma d’animation s’appuyant sur les techniques traditionnelles de marionnettes et d’ombres chinoises.
Survient alors en 1966 la révolution culturelle où les réalisateurs sont arrêtés, torturés ou, comme tout ce qui ressemble de près ou de loin à un intellectuel, envoyés en « rééducation » à la campagne…Jiang Qing, femme de Mao et elle même ancienne actrice mineure, dénonce le cinéma comme ennemi de la révolution.

(« L’orient est rouge » 东方红 de Wang Ping 1965)
La quatrième génération
Surnommée « la génération sacrifiée » car très surveillée par Jiang Qing. C’est pourtant cette génération qui va permettre la réouverture des studios et surtout celle de l’académie du cinéma chinois à Pékin en 1978.

(« Le détachement féminin rouge »)
La cinquième génération
Il s’agit donc de la génération qui va émerger suite à la réouverture de l’académie du cinéma de Pékin. Inspirés par Truffaut, Bergman et d’autres, les premiers étudiants diplômés sortent en 1982, ils vont renouveler le cinéma chinois sans pour autant imiter les modèles occidentaux. Ils seront traités avec méfiance par les autorités et devront leur reconnaissance par le succés qu’ils vont rencontrer dans les festivals internationaux. Beaucoup de ces films permettront à leurs auteurs d’exorciser un passé délicat (Le grand Chen Kaige, par exemple, fut garde-rouge). Les films seront le plus souvent ruraux, filmés d’une façon évoquant la tradition orientale où l’humain n’est qu’un détail de la forme naturelle. Les premiers grands réalisateurs de ce mouvement seront , outre Chen kaige, Tian Zhuang-Zhuang et bien sur Zhang Yimou. C’est bien sur cette génération qui va permettre au cinéma chinois de s’exporter et de trouver un public aux quatre coins de la planète et de révéler des personnalités comme Gong Li, Zhang Zi Yi , Zhao Benshan et beaucoup d’autres…Au fil du temps, ces réalisateurs et acteurs sont rentrés dans le rang ou devenus proches d’un système officiel et/ou de prestige (Zhang Yimou, metteur en scène de la cérémonie d’ouverture des J.O de 2008…)

(« Qiu Ju » une femme chinoise de Zhang Yimou)
La sixième génération
Au début des années 90 et suite à la répression de Tian An Men apparait une nouvelle génération de cinéaste, au propos plus cru et mêlant fiction et réalisme et au désir de montrer un cinéma plus urbain. Notons l’excellent « Ronde de flics à Pékin » de Nin Ying en 1995 pour symboliser cet essor. On peut alors parler d’un cinéma indépendant, capable de s’attaquer à des sujets tabous comme l’homosexualité mais dont l’une des caractéristiques et de plus s’axer sur le domaine social plutôt qu’à une critique systématique du pouvoir en place, ce qui n’empêche pas beaucoup de réalisateurs de subir les foudres des autorités (Lou Ye…).Beaucoup de films demeurent d’ailleurs inconnus du public chinois et doivent leur renommée à leurs représentations internationales. Hormis Lou Ye, les plus illustres représentants de ce cinéma sont Jia Zhang Ke ou Wang Xiao Shuai. Il y en a bien sur beaucoup d’autres, il est parfois difficile de voir leurs films qui ne sortent que avec parcimonie. Il reste alors les festivals et manifestations spécialisées qui permettent de découvrir des oeuvres superbes , comme le festival du cinéma chinois de Paris qui a lieu environ tous les ans et qui propose oeuvres récentes et restropectives (pas de bol, pour l’édition 2009, j’étais en…..Chine….).
Voilà, j’espère que ce trés court résumé vous aura été utile. Je me suis servi pour le rédiger de l’excellent petit bouquin « Le Cinéma Chinois » de Jean-Michel Frodon qui est la référence en la matière, en langue française tout du moins. J’ai également utilisé diverses brochures et instructifs programmes de quelques festivals auxquels j’ai assisté. J’espère surtout que ces quelques lignes vous donneront envie d’en découvrir plus par vous-mêmes! 
On se quitte avec un court extrait du fameux « Le Printemps dans une petite ville » de 1948!
